The Drones

Gala Mill

( ATP / La baleine ) - 2006

» Chronique

le 29.09.2006 à 06:00 · par Eric F.

Gala Mill...

Un disque déroutant : Gareth Liddiard avait beau avoir prévenu que ce nouvel effort de son groupe serait plus apaisé, les Drones incandescents du premier album, Here Come The Lies, semblent ici ne plus être qu'un lointain echo. La balance quasi égalitaire entre calme et tension du parfait Wait Long By The River And The Bodies Of Your Enemies Will Float By penche désormais du côté de l'apaisé. Cela ne veut pourtant pas dire pour autant que le groupe a perdu sa verve : même les morceaux les plus calmes semblent habités par une ambiance malsaine mais jouissive, ceci dû en grande partie à la voix impressionante de Liddiard.

Pas la peine donc de chercher des titres aussi immédiats que les Baby ou You Really Don't Care de l'album précédent, mis à part le nihiliste single I Don't Ever Want To Change, et ses leads à faire pâlir Jon Spencer de jalousie...

Un disque en plusieurs temps : à la première écoute, l'ensemble pourrait paraitre léger, voire même bancal (entre une première partie tout de même tendue et une fin de disque plus en roue libre) mais les morceaux finissent par imposer leurs petits détails qui démontrent bien que le groupe ne s'est pas endormi en attendant que Wait Long By The River... finisse par sortir (ce qui explique la proximité entre les deux albums, renforcée par la sortie de la compilation de faces B et autres inédits The Miller's Daughter).

Le "Gone from perfect to divine", par exemple, d'I'm Here Now prend une signification considérable entre l'ouverture que Gareth Liddiard murmure et la fin où il finit presque par hurler ces même mots... montrant que même en calmant le jeu, le naturel revient parfois au galop.

Un disque qui prend des risques : ouvrir par un Jezebel de près de huit minutes, voilà un pari risqué qu'a tenté The Drones. Seulement voilà, ce morceau contient même l'essence du quatuor, où les textes, tout aussi obscurs que fascinants sont clamés par un Gareth Liddiard aussi inquiétant qu'halluciné (comment évoquer des siècles de violence de Jérusalem à l'Irak en passant par l'Egypte, tout cela mis en relation avec notre monde occidental). Mélangeant des thèmes mystiques (Jezebel donc, une rencontre avec le diable, un passage par Bethléem) ainsi que des sujets plus "classiques" (principalement le meurtre) dans le répertoire du groupe, Liddiard prouve bel et bien les capacités du groupe à jouer avec ce qu'il a pu construire, pour mieux le surpasser. Poussé par un riff basique et répété à l'infini, ce Jezebel est l'archétype même du morceau épique où rien ni personne ne semble pouvoir arrêter les Drones.

Question risques, Work For Me se pose également là puisqu'il s'agit du premier morceau entièrement chanté par la sémillante bassiste Fiona Kitschin. Il est assez amusant de l'entendre asséner des "Work For Me" à ses camarades, et le morceau, même s'il a du mal à tenir sur ses pattes (drôle de pont amené par les cordes) ne manque pas d'un certain charme désuet.

Quant à la reprise d'Are You Leaving The Country de Karen Dalton, la surprise est de taille de voir les australiens s'attaquer à cette grande dame du folk. Et pour une fois, la chose se fait dans le "respect", le morceau étant sans doute le plus lumineux du répertoire des australiens avec le Stop Dreaming de The Miller's Daughter.

Un disque australien : s'il serait faux de dire que Gala Mill représente un disque typiquement "made in down under", Gareth Liddiard n'a pas pu s'empêcher, une nouvelle fois, d'évoquer le passé trouble de son pays. Voulant tordre le cou à cette croyance qui dit que la plupart des prisonniers britanniques emmenés pour coloniser l'île n'étaient finalement pas bien méchants, le voilà qui nous exporte la célèbre histoire d'Alexander Pearce : dans Words From The Executioner To Alexander Pearce il relate les dernières heures de ce prisonnier executé pour... cannibalisme (il fit six victimes)...

Encore plus poignant est l'acoustique Sixteen Straws où seize prisonniers, incapables de supporter leut terrible statut plus longtemps décident de jouer au jeu des pailles, celui qui tire la longue devant tuer celui qui a pris la courte. Les meurtiers étant ensuite condamnés à mort, ils auront ainsi une chance d'expier, ce qu'un suicide n'aurait pas permis... Le tout finissant dans un inévitable bain de sang, relaté par un subtil jeu sur les narrateurs. L'accompagnement fort intimiste (une guitare acoustique doublée, un harmonica) rend une copie parfaite, loin d'une certaine forme de voyeurisme nostalgique, l'ensemble se singularisant par la puissance émotionnelle inouïe que dégage le texte.

De plus avec l'avènement de The Devastations, The Drones confirment bel et bien la qualité du vivier australien en matière de rock indépendant.

Un disque qui regarde brillament derrière : on ne sait pas si l'enregistrement de Gala Mill s'est fait pendant une période où les membres du groupes ont perdu des proches, mais il est incontestable que ce disque compte plus d'une simillitude avec le Tonight's The Night de Neil Young. On retiendra pêle-même les petits à côté de l'enregistrement où on peut entendre le groupe se préparer à jouer alors que la légende raconte qu'on peut entendre Neil Young et son Crazy Horse boire de la vodka sur certains passages de leur "black album" à eux. Chez les uns comme chez les autres, la voix n'est pas forcément très juste, mais dégage une puissance émotionnelle impressionante (même si Gareth Liddiard a indubitablement beaucoup plus de coffre). De même, la musique n'étant pas forcément la plus rock que ces deux artistes aient pu enregistrer n'en est pas moins abrasive. Et la comparaison devient de plus en plus inévitable tant les premières notes de Dog Eared évoquent l'intro d'Albuquerque.

Arriver à la hauteur d'un tel chef d'oeuvre en faisant à peu près tout ce qui leur plait, voilà le nouvel exploit signé The Drones. Que grâce leur soit rendue pour cela.

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Pochette Disque Gala Mill

» Tracklisting

  1. Jezebel
  2. Dog-Eared
  3. I'm Here Now
  4. Words From The Executioner To Alexander Pierce
  5. I Don't Ever Want To Change
  6. Work For Me
  7. I Looked Down The Line And I Wondered
  8. Are You Leaving For The Country
  9. Sixteen Straws

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