Television Personalities

My Dark Places

( Domino / Pias ) - 2006

» Chronique

le 28.09.2006 à 06:00 · par Benjamin A.

L'ironie du sort fait que Dan Treacy réapparaît avec les TV Personalities la même année où disparaît son mentor, Syd Barrett. L'un comme l'ombre de l'autre, Dan Treacy avait lui aussi disparu depuis plus de dix ans sans laisser de traces, vivant reclus quelque part en Angleterre, annulant la majeure partie des quelques concerts qui devaient avoir lieu en 2005. Depuis 95 avec I Was a Mod Before You Was a Mod, il n'y avait rien eu, jusqu'en 2005 avec la sortie de And They All Lived Happily Ever After, compilation de lives confidentiels, de solos et d'inédits qui laissait planer la possibilité d'un nouvel album ou tout au moins que Dan Treacy officiait toujours dans la musique. Il y a des groupes qui font des retours commentés et dont on attend le nouveau disque avec impatience. Avec My Dark Places, c'est plus difficile, puisqu'on ne s'attendait à rien et qu'on pensait Dan Treacy perdu, sans domicile fixe ou en prison comme le laissaient présumer les rumeurs qu'il lançait sur son journal web.

Les TV Personalities ont toujours fluctué au gré du moral de Dan Treacy. My Dark Places, comme le titre le laisse présager n'est pas l'album des beaux jours, plutôt celui des jours gris et pluvieux d'Angleterre. Passés les deux premiers titres, Special Chair et All the Young Children on Crack, proches des morceaux pop psychédéliques bancals qu'on connaissait déjà des TV Personalities, l'album s'annonce réellement sur I Get Sick Again, confession de deux minutes qui remet tout à zéro et annonce le ton général du disque, "you know i get scared sometimes" sont presque les seules paroles résonnant sur une nappe de clavier diffuse et morne. Le titre apparaît comme une amorce au reste de l'album hanté par la solitude, l'échec et la peur. C'est sur le très beau Dream the Sweetest Dreams ou le parodique Velvet Underground ("How did the Velvet Underground get that sound?") que l'accompagnement au chant de Victoria Yeulet est le plus surprenant, le duo Treacy/Yeulet fait d'ailleurs beaucoup penser aux Vaselines. A mi-parcours de l'album, l'ovni You Kept Me Waiting Too Long apparaît comme la mélancolie soudainement exorcisée : quoi de mieux qu'un morceau efficace et dansant pour sortir de la paralysie qui avait cloué Dan Treacy dans le domaine de la spéculation pendant près de onze ans ? Le titre use de l'alchimie de la New Wave : faire danser la dépression ou rendre sombre la danse, selon le bord où l'on se place. My Dark Places est fait de contrastes, de guitares psychédéliques, de fêtes foraines désertes, de silences et de fuzz, de claviers caverneux, de comptines en forme de soliloques, la cohésion résidant dans la qualité constante d'écriture et d'interprétation de Dan Treacy qui demeure le même, suspendu quelque part entre Jonathan Richman et Morrissey. Après They'll Have To Catch Us First, qui pourrait être un générique pour un dessin animé avec des super-héros sans pouvoirs, l'album s'achève comme il avait débuté, sur des confessions qui se font de plus en plus directes, Tell Me About Your Day a même définitivement laissé de côté l'humour noire ou l'ironie derrière laquelle Dan Treacy distillait jadis son ennui. Les seize titres de l'album offrent peu de pause, Dan Treacy (revenu avec Ed Ball) est omniprésent, il signe tous les titres du disque et lui confère beaucoup de sa profondeur et de sa cohérence.

My Dark Places est un très bel album de plus dans la carrière du groupe, dans la lignée de Painted Word ou And Don't the Kids Just Love It. Il est indispensable pour ceux qui voulaient savoir où était passé Dan Treacy pendant tout ce temps. Après dix ans de flottement, il était difficile de l'imaginer au sommet de son moral, impossible de savoir si My Dark Places est un retour à la surface ou juste une bouffée d'air avant un autre plongeon. Les TV Personalities restent un groupe incontournable de la pop psychédélique mais qui prend plaisir à disparaître. Profitons donc de cet album dont l'intensité est baroque. Espérons que There's No Beautiful Way to Say Goodbye, martelé par Dan Treacy sur la fin du dernier titre de l'album, ne soit pas un message prémonitoire - sait-on jamais.

Retour haut de page

Pochette Disque My Dark Places

» Tracklisting

  1. Special Chair
  2. All the Young Children on Crack
  3. Sick Again
  4. Ex-Girlfriend Club
  5. Dream the Sweetest Dreams
  6. Velvet Underground
  7. My Dark Places
  8. I'm Not Your Typical Boy
  9. You Kept Me Waiting too Long
  10. They'll Have to Catch Us First
  11. She Can Stop Traffic
  12. Tell Me About Your Day
  13. Then a Big Boy Came and Knock It All Down
  14. I Hope You're Happy Now
  15. No More I Hate You
  16. There's No Beautiful Way To Say Goodbye

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.