The Handsome Family

Last Days Of Wonder

( Loose Music / Pias ) - 2006

» Chronique

le 13.07.2006 à 06:00 · par Jean-Yves B.

En France comme ailleurs (mais particulièrement en France, il semblerait), on a beaucoup de mal avec la country. Le test est simple : n'importe quelle personne qui vous dira aimer tous types de musique (quelle ouverture, formidable) se ravisera peu après en rajoutant : "sauf le rap", "sauf le metal" ou "sauf la country", donc. Les choses sont peut-être en train de changer, avec l'aide du petit succès du sympathique biopic sur Johnny Cash sorti récemment, et aussi de l'émergence de toute une série de groupes considérés comme "alt-country" - même si la dénomination de ce genre est doublement hypocrite : soit on a affaire à des groupes bel et bien country auxquels on accole ce préfixe "alt" pour leur donner une crédibilité alternative, soit (le plus souvent) ils n'empruntent que des éléments fort mineurs à la country.

En tout cas, certains artistes viennent régulièrement rappeler que le genre n'est certainement pas l'apanage de rednecks de Nashville : The Handsome Family, dont les références absolues sont bel et bien à aller chercher du côté de Stephen Foster, The Carter Family et de la tradition américaine des "murder ballads", font sans nul doute partie de ceux qui le renouvellent avec le plus de talent et d'humour, comme le prouve une nouvelle fois cet incomparable sixième album.

L'alchimie qui rend les disques de ce groupe méconnu (bien que publiquement célébré par Jeff Tweedy, Nick Cave, Greil Marcus ou même Ringo Starr) plus intéressants et touchants que le tout venant est complexe, et repose sur des dualités savamment entretenues : tradition et modernité, humour et fatalisme, imposante voix de baryton de Brett Sparks et arrangements souvent cristallins, mélodies douces et textes d'une noire cruauté. Dans une interview récente, Lydia Lunch relevait également avec une grande pertinence la discrète mais capitale ambigüité androgyne présente au coeur de la musique du groupe : le mari Brett Sparks chante des textes tous écrits par sa femme Rennie, également écrivain.

Last Days Of Wonder, s'il n'atteint peut être pas les sommets de certains des précédents albums, est de nouveau un disque qui sort nettement de l'ordinaire, et qui par endroits se révèle curieusement bouleversant sous des dehors toujours tranquilles. Qu'on y entende par exemple le récit de la fin de la vie de l'inventeur Nikola Tesla, seul avec les pigeons auxquels il s'était attaché ("He couldn't stand the touch of hair of skin/But stroked feathers on trembling wings") ou une histoire de fantômes qui se confond avec une histoire d'amour (All The Time In Airports), c'est toujours l'économie de mots et l'incroyable sens du détail de Rennie Sparks qui rendent ces titres généralement lents ou mid-tempo si touchants.

Musicalement, Brett Sparks, qui enregistre toutes les pistes sur son ordinateur portable, demeure un mélodiste efficace (Bowling Alley Bar) et capable de développer des ambiances assez diverses (les guitares jazzy sur After We Shot The Grizzly ou les boucles de mellotron au ralenti sur Beautiful William, ou le "twang" country plus traditionnel d'autres titres) qui s'intègrent avec une certaine évidence à l'univers créé par son épouse. Parfois, quelques influences indéniables s'imposent, d'une manière très (voire un peu trop) nette sur These Golden Jewels (Tom Waits) et Somewhere Else To Be (Lee Hazlewood).

Comme ses prédecesseurs, Last Days Of Wonder est finalement un fascinant recyclage de tout un pan de la musique américaine traditionnelle, et de l'histoire des Etats-Unis. Rennie Sparks demeure avant tout une chroniqueuse amusée de l'absurde (comme en témoignent ses réflexions ici sur des sujets aussi éloignés que le fonctionnement des robinets automatiques dans les aéroports et la religion, par exemple). La plupart de ces chansons d'une trompeuse simplicité se rejoignent sur une problématique vitale, posée innocemment et avec humour : celle de la place de l'homme dans la modernité, ni plus ni moins. Nous voilà aux antipodes des rednecks de Nashville précédemment mentionnés : The Handsome Family, c'est la mise à jour respectueuse mais fine et pénétrante d'un énorme patrimoine musical et intellectuel américain - groupe et disque vivement recommandés donc.

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Pochette Disque Last Days Of Wonder

» Tracklisting

  1. Your Great Journey
  2. Tesla's Hotel Room
  3. These Golden Jewels
  4. After We Shot The Grizzly
  5. Flapping Your Broken Wings
  6. Beautiful William
  7. All The Time In Airports
  8. White Lights
  9. Bowling Alley Bar
  10. Hunter Green
  11. Our Blue Sky
  12. Somewhere Else To Be

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