Arvo Pärt

Alina

( ECM ) - 1999

» Chronique

le 18.08.2003 à 18:00 · par David P.

Alina débute par Spiegel Im Spiegel, pièce pour piano et violon d'une dizaine de minutes composée par Pärt en 1978, soit deux ans après sa première composition utilisant la technique qui le rendit célèbre : la "tintinnabulation". "J'ai compris qu'une simple note, bien jouée, me suffisait. Cette note seule, un tempo muet, ou un moment de silence, me rassure. Je travaille avec très peu d'éléments, avec une voix, deux voix. J'utilise des matériaux primitifs ; un seul accord, une seule tonalité spécifique. Les trois notes de cet accord sont comme des clochettes ; c'est pourquoi j'appelle cela tintinnabulation".

Le "Miroir dans le Miroir" (Spiegel Im Spiegel) montre parfaitement l'ambivalence de ce mot, le Sublime de la composition n'étant que le reflet de la rigidité de cette méthode, et inversement car bien qu'étant une technique de composition, la tintinnabulation est avant tout pour l'auditeur une atmosphère, une beauté sombre et silencieuse. Peu de notes sont donc jouées. Les arpèges de piano simples et délicats s'enchaînent en douceur, ne s'éloignant jamais trop de leur point de départ, y revenant toujours avant de risquer de trop s'en éloigner. La main gauche du pianiste joue pendant ce temps les funambules, avançant calmement, pas à pas, restant toujours sur cette corde imaginaire qu'est la tintinnabulation, une voie de note potentielle qu'il choisit toujours allant jusqu'à créer d'heureuses dissonances pour ne pas rompre l'équilibre fragile des trois notes d'un accord.

Trois versions sont présentes, la composition étant rejouée par un autre couple piano/violoniste. L'occasion d'entrer encore plus dans cet univers, le même morceau utilisant d'autres potentialités en fonction de la sensibilité des interprètes. La contrainte devenant libératrice et apportant la seule liberté qui compte.

S'ensuit un morceau historique dans la carrière d'Arvo Pärt, Für Alina datant de 1976. Historique car il marque la fin du silence qu'il s'était imposé pour se permettre de se remettre en question après l'insatisfaction ressentie vis à vis de son travail après s'être essayé à la majorité des différents courants de l'époque (dodécaphonisme, musique sérielle, etc...). Pièce pour piano, Für Alina peut faire penser par certains aspects à Un autre décembre, le dernier EP de Sylvain Chauveau, car on a rarement aussi bien perçu les résonances qu'émettent une note s'évanouissant dans le silence. Mais là, la composition est bien plus longue et plus libre. Comme une sorte de combat perdu d'avance, le silence étant toujours le grand vainqueur. Devant sa toute puissance, il ne reste plus que le frêle piano d'Arvo Pärt livrant ses dernières batailles. Choisissant minutieusement les plus belles de ses dernières notes. Elles sont entraînées par le silence, trop épuisé pour lui imposer le moindre véritable tempo. Structurées par le silence, les notes ne sont alors plus en opposition. Libérées, elles peuvent enfin exister, ornant le silence.

Si les grandes oeuvres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie, mais de l'obscurité et du silence, Alina en est. N'en déplaise à certains, le piano n'a jamais été aussi vivant.

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Alina

» Tracklisting

  1. Spiegel im Spiegel
  2. Für Alina
  3. Spiegel im Spiegel
  4. Für Alina
  5. Spiegel im Spiegel

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