The Telescopes

#4

( Antenna ) - 2005

» Chronique

le 10.02.2006 à 06:00 · par Gaëtan S.

Chaque année le même espoir parcourt le monde musical : la reformation de My Bloody Valentine. Chaque année la même déception après le démenti de Kevin Shields. Toujours les mêmes interrogations : qu’est-ce qu’ils pourraient bien faire? Referaient-ils un Loveless bis ou proposeraient-ils quelque chose de totalement différent? Bien malin celui qui pourrait répondre! On pourrait généraliser ces questions à d’autres groupes ayant officié à la fin des années 80 et qui sortent du silence après une longue pause. The Telescopes nous donne sa version.

Un petit peu d’histoire d’abord. The Telescopes est un groupe britannique qui a sorti deux albums de pop survitaminée aux guitares saturées sur le label Creation (Taste en 1989 puis The Telescopes (aka Higher 'n' Higher) en 1992). Et puis plus rien sous cette formation jusqu’en 2002 et la sortie de Third Wave, précurseur de #4, disque tourné vers l’expérimentation.

Après ce long silence de plus de dix ans, la première constatation est que le groupe n’a pas perdu son goût des guitares saturées. Mais loin de jouer un rôle moteur aux riffs accrocheurs, elles ronronnent tout au long du disque, nappent les morceaux de leurs tensions, leur bruit. N’attendez pas d’elles de la mélodie, elles sont rageuses, abrasives, torturées dans tous les sens, samplées pour ne jamais s'arrêter. La couche de guitare est le fil conducteur de ce disque. Omniprésente, emmenant l’auditeur dans l’univers psychédélique et sombre du groupe.

#4 est un disque qui cultive les contradictions. Il est homogène tout en offrant une multitude d’univers, statique tout en étant toujours en mouvement. Sur un plan métaphorique, ce disque pourrait s’apparenter à un voyage en train. Dans l’immobilité apparente, tout bouge et il y a plein à voir. Immobilité car il n’y a jamais de cassure. Pour chaque morceau, aucune rupture de rythme, pas d’évolutions significatives. Affranchis du format couplet/refrain et même des désormais classiques montées, ce sont plutôt des ambiances, des blocs sur lesquels se greffent des sons, des mélodies de cuivres ou des voix entêtantes en retrait. Un flux ininterrompu, sorte de répétition évolutive toujours entretenu par de lourdes guitares. Le train pour le coté mécanique de certaines rythmiques, pouvant s’apparenter à une machine infernale en plein travail (The Hypnotic Pulse of the Motor Driven) ou encore un souffle difficile (Fear the Eye Became the Tone, Link #1). Le voyage pour la diversité des univers, aussi passionnants les uns que les autres, qu’ils soient angoissants (Winter #4, Link #1), épiques (It Bleeds), magnifiques et dépressifs (All the Leaves, merveille aux ambiances pop), contradictoires (le tendu et apaisant Singularity), longs (Fear the Eye Became the Tone) ou courts (A Measure of Imbalance).

Avec cet album, The Telescopes nous offre à découvrir son grand terrain d’expérimentation. Un disque qui confirme les excellentes dispositions entendues en 2002, une mutation lente mais sûre vers un univers personnel et hypnotique. Voilà qui devrait donner des idées à certains.

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Pochette Disque #4

» Tracklisting

  1. The Hypnotic Pulse Of The Motor Driven
  2. Link #1
  3. On a Dead Man's Bones By The Light Of The Moon Skeletons Dance
  4. A Demon Dance Of The Doomed
  5. All The Leaves
  6. A Measure Of Imbalance
  7. Singularity
  8. Fear The Eye Became The Tone
  9. The Yearning
  10. Winter #4
  11. It Bleeds

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