Marbles

Expo

( Fargo / SpinArt ) - 2005

» Chronique

le 19.01.2006 à 06:00 · par Thomas F.

De la musique de Marbles, son projet solo réactivé 10 ans après sa création pour ce premier véritable album, Robert Schneider dit qu’il l'a fait surtout pour le fun. Peut-être déclare-t-il cela par opposition aux musiques de pub qui le font vivre ou car la gestation d’un nouvel album des Apples in Stereo – le groupe dont la très bonne psyché pop estampillée Elephant 6 l’a fait connaître au milieu des années 90 - est terriblement laborieuse. Toujours est-il que ce propos trahit maladroitement une réalité trop souvent éprouvée : le fun du songwriter n’implique pas nécessairement le plaisir de l’auditeur. Au contraire.

De fait, aussi pressé que Jean Alesi de rejoindre le bac-à-sable le plus proche, Schneider confère au Circuit qui ouvre Expo des allures de sortie de route en règle. Il convient de signaler ici qu’en enregistrant dans les studios Cello dont les murs résonnent encore de certaines sessions de Pet Sounds, Schneider s’est rapproché de la divinité la plus évidente de son panthéon personnel, Brian Wilson, pour mieux (tenter de) s’en éloigner. Ainsi les couches de synthés Casio et boites à rythmes basiques mais surtout la voix informatiquement surtrafiquée du chanteur –comme si le vocoder ne suffisait pas !- témoignent d’une volonté nette de délaisser les 60’s pour les années 80. Pourquoi pas après tout ? La formule a parfois fait ses preuves et offert quelques beaux succès à la pop. Puis on attend toujours d’un projet solo qu’il se démarque sensiblement de la production du groupe. Le problème ici est que l'américain empile les pistes plus aisément que les idées. Comme si ce retour vers le futur lui avait curieusement fait perdre son imparable sens de l’efficacité. Impuissant jusqu’au bout à ouvrir la boucle qu'il a initiée, il conclut cette entrée en matière new wave par un fade out grossier. Dans un registre proche, on préfèrera le Kelly Watch the Stars de Air, plus ping pong que pong tout court.

Heureusement, Out of Zone est meilleure pour de multiples raisons : voix plus naturelle, riff plus accrocheur, son plus étoffé et handclaps bien sentis. Dans la catégorie « hommage aux Cars », le morceau se place au niveau des titres les plus immédiats et enlevés des Rentals même si il aurait gagné à être un peu plus court –lacune étonnante là encore tant le compositeur a souvent fait figure d’expert en matière de concision. Plus sirupeuse et inattendue, When You Open rassure aussi en se présentant comme un mix improbable du Mr Blue Sky d’Electric Light Orchestra, de la guitare mélancolique du Church on White de Stephen Malkmus et de l’emphase des Beach Boys (chassez le naturel…). Premier titre de moins de 2 minutes (et l’un des plus connotés Apples in Stereo), Magic en piochant quelques gimmicks dans l’inépuisable et rassurante mine Video Killed the Radiostars contribue à décontracter un peu plus encore la main qui tient la télécommande de la chaîne hi-fi.

Hélas c’est précisément au moment où l’album semble avoir enfin décollé pour atteindre son rythme de croisière qu’il est plombé par Jewel of India. Soit un instrumental entre la pure musique d’ascenseur et ce que pourrait proposer un groupe de trip hop de seconde zone tentant de réinventer la musique de Lawrence d’Arabie. Des pistes instrumentales il y en a deux autres guère plus convaincantes un peu plus loin : Expo, une ritournelle qui ferait un malheur sur la BO du jeu Katamari Damacy mais agace hors contexte et Blossoms. Il est délicat pour une chouette vraie fausse b-side de Velocity of Sound comme Cruel Sound de survivre dans un environnement si hostile et il ne reste plus qu’à constater, entre rire jaune étouffé et soulagement, le choix judicieux du nom de la dixième et dernière plage du LP : Move On.

Tout bon ingénieur vous le dira : une chaise à 4 pieds (hyperstatique) est moins stable mécaniquement parlant qu’un tabouret reposant sur 3 appuis (isostatique). Dans l’état, Expo est un album bancal de 10 titres (et 25 minutes), moyen à l’échelle du fan, qui, dégraissé, aurait pu constituer un très bon EP de 4 titres (et 10 minutes) à destination du plus grand nombre. Au final, on ne le recommandera paradoxalement qu’aux détracteurs de Schneider et de ses Apples pour leur prouver qu’il n’est pas qu’un vil imitateur des Beatles ou des Beach Boys dans la mesure où sa signature survit même dans cet exercice de style pourtant tiède et un peu paresseux sur les bords.

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Pochette Disque Expo

» Tracklisting

  1. Circuit
  2. Out of Zone
  3. When You Open
  4. Magic
  5. Jewel of India
  6. Hello Sun
  7. Expo
  8. Cruel Sound
  9. Blossoms
  10. Move On

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