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Sateenkaarisuudelma

( (K-RAA-K)³ ) - 2005

» Chronique

le 19.12.2005 à 06:00 · par Erwan M.

La synesthésie, association intermodale involontaire, signifie que la stimulation d'un sens est perçue simultanément par un autre sens, sans que celui-ci ait été spécifiquement stimulé. Jean Sibelius, compositeur finlandais, comptait parmi ces très rares synesthètes, associant chaque son à une couleur précise, mêlant perceptions auditives et visuelles afin d’obtenir une composition multicolore. Cinquante ans après la disparition de l’illustre auteur de Finlandia, Sami Sänpäkkilä nous fait la brillante démonstration avec Sateenkaarisuudelma - double album à la maîtrise remarquable, que couleurs et sons demeurent intimement liés.

Conçu comme une trilogie scindée sur les quatre faces d’un double LP, Sateenkaarisuudelma, quatrième opus d’Experimental Songcycles (ES pour les intimes), est le fruit de trois années de travail. Lorsqu’il compose pour son projet solo, Sänpäkkilä, tête-chercheuse du label Fonal, se distance des pérégrinations free-folk des membres de son clan (Islaja, Kemialliset Ystävät, Lau Nau…) pour emprunter un chemin non moins personnel, ponctué d’expérimentations minimalistes, de boucles colorées et éthérées, de digressions néo-classiques.

Sateenkaarisuudelma I (le baiser de l’arc-en-ciel), première pièce de la trilogie, s’amorce avec les incantations immaculées d’Elissa Määttänen, déjà présente sur le précédent Kaikkeuden Kauneus Ja Käsittämättömyys. Les deux pièces suivantes mettent en exergue la dimension visuelle des compositions d’ES. Sateenkaarisuudelma II, construction introspective, déploie sur huit minutes boucles de cordes (le violon de Lau Nau) et piano somnambule : la texture sonore du morceau renvoie à une peinture abstraite, un canevas en perpétuel mouvement. Monochrome et spectral, le dernier morceau qui conclut la face A, est un bloc de glace monolithique à la langueur imperturbable.

Sur la deuxième face, Harmonia Rakkautta, longue pièce d’une vingtaine de minutes, hypnotique et subtile, fait écho au Cantus Articus du compositeur Rautavaara, entre piano et field recordings d’un classicisme majestueux. Bercé par le saxophone de Suvi Mäkinen, pluies de cloches et sifflets organiques, nous voici transportés dans les brumes d’un lac sensoriel et évanescent.

Le deuxième disque voit Sami accompagné de Jeffrey Alexander et Miriam Goldberg, membres de Black Forest/Black Sea, avec qui le finlandais a partagé une tournée sur le sol américain. Sur Maailmankaari (l’arche du monde), les deux musiciens accompagnent une ligne de synthé ancestrale au violoncelle et à la guitare, avant que des vocalises solaires viennent illuminer l’ensemble. Pianokaari, suivant un Universaali Totuus(vérité universelle) sombre et désespéré, conclut l’album d’une manière intime et chaleureusement accueillante.

Intriguant et érudit, exigeant (1h15) mais néanmoins très accessible, Sateenkaarisuudelma s’avère être au fil des écoutes un album des plus passionnants et devrait devenir un classique du genre.

PS: la pochette du vinyl est admirablement illustrée par les dessins de Juri Puhakka (également membre de Kiila).

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Pochette Disque Sateenkaarisuudelma

» Tracklisting

  1. Sateenkaarisuudelma I (Hymni)
  2. Sateenkaarisuudelma II
  3. Sateenkaarisuudelma III
  4. Harmonia, rakkautta
  5. Maailmankaari I
  6. Maailmankaari II
  7. Universaali totuus
  8. Pianokaari

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