My Morning Jacket

Z

( ATO ) - 2005

» Chronique

le 08.12.2005 à 06:00 · par Thomas F.

It beats 4 U. 4 mots, 3 minutes 42 secondes. Comme ça, ça ne parait rien. Et pourtant le passage de ce titre chez Lenoir l’autre soir a suffi à me motiver à reconsidérer le dossier My Morning Jacket. Un dossier qui depuis au moins 5 ans et la sortie du premier album du groupe prenait la poussière dans le tiroir des classés sans suite, section americana à réverbération prononcée matinée de lourds accents sudistes et de légères touches psychédéliques. Alors certes, j’ai fait l’impasse sur le second et le troisième disque de ces américains originaires du Kentucky mais je ne pense pas trop me tromper en imaginant qu’entendre de leur part un titre, pour ne pas dire une perle, qui doit plus aux enchevêtrements rythmiques et claviers lancinants du chimérique Misery is a Butterfly de Blonde Redhead voire au premier LP de Goldfrapp pour son final sifflé (exécuté par Andrew Bird himself) qu’à Neil Young et Wayne Coyne a du déstabiliser plus d’un archiviste du All Music Guide à la sortie du petit dernier début octobre.

Bonne nouvelle : ce morceau n’est pas la seule surprise réservée par ce Z produit par John Leckie (Radiohead circa The Bends). Mauvaise nouvelle : la première de ces surprises n’est pas forcément des plus agréables. Le titre d’ouverture, Wordless Chorus, avec sa guitare qui lorgne du côté du r’n’b a en effet une fâcheuse tendance à rappeler les groupes français Phoenix ou Tahiti 80. Et ce ne sont pas les cris suraigus qui ponctuent la chanson qui sauveront la mise, dans la mesure où ils ont surtout fait resurgir le souvenir lointain d’heures de torture infligées par une grande sœur qui écoutait en boucle le Purple Rain de Prince. Nettement plus digeste, la troisième piste, Gideon, devrait ravir les amateurs de Coldplay laissés sur leur faim par le peu reluisant X&Y. Oui, de là à penser que Chris Martin aurait du aller chercher son inspiration U2-esque un peu plus loin dans l’alphabet il n’y a qu’un pas. What a wonderful Man est elle à faire écouter au plus vite aux fans des Flaming Lips ; une véritable méthadone pour ces accrocs qui souhaiteraient arrêter de chanter très fort dans leur tête Do You Realize pour se redonner du courage avant que At War with the Mystics ne pointe enfin le bout du nez. Un onzième album des Lips sur lequel on devrait retrouver Cat Power en guest. La même Cat Power qui avait, plaisantant, laissé entendre il y a plusieurs mois qu’elle souhaitait sortir un album de reggae sous son pseudo indien Afasm Msafa. Eh bien Jim James, le leader de MMJ, l’a précédée avec brio sur ce point en mâtinant de guitare à contretemps très ska-reggae son Off the record sans que cela tourne trop à l’exercice de style. Bien décidé à avoir toujours une longueur d’avance, le songwriter du Kentucky ne s’en contente pas et réussit l’exploit de faire glisser l’Air de rien ce même titre vers les sphères planantes sous influence Pink Floyd de la bande originale du film Virgin Suicides.

De la valse burlesque et inquiétante toute droit sortie de l’imagination d’un Joker Burtonien que constitue Into the woods à l’épique Dondante, MMJ s’approprie encore bien d’autres territoires contrastés ; Des terrains de jeux lunaires du trop méconnu It falls apart de for stars (Knot comes loose) aux contrées moins hospitalières peuplées de soli de guitares dégoulinants (Lay Low). Alors si de temps à autre, devant certains choix artistiques trop progressifs (syndrome Mercury Rev ?), on se sent aussi désemparé que Zorro tentant d’interpréter les gesticulations de son fidèle Bernardo, on se console toujours rapidement en se disant que c’est le prix à payer pour une exploration si généreuse de genres, la rançon de la liberté. Car une chose reste certaine, ce disque est signé à la pointe des claviers d’un Z qui ne veut surtout pas dire Zéro. Mais pouvait-il en être autrement d’un album dont la pochette a le bon goût de nous livrer une interprétation pour le moins singulière du fameux leitmotiv de la série Twin Peaks : « Owls are not what they seem » ?

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Pochette Disque Z

» Tracklisting

  1. Wordless Chorus
  2. It Beats 4 U
  3. Gideon
  4. What a Wonderful Man
  5. Off the Record
  6. Into the Woods
  7. Anything
  8. Lay Low
  9. Knot Comes Loose
  10. Dondante

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