Envelopes

Demon

( Brille Music ) - 2005

» Chronique

le 26.09.2005 à 06:00 · par Thomas F.

A chaque nouvelle écoute du premier album des Envelopes, je ne peux m’empêcher de visualiser une cigarette glissant nonchalamment de son espace réservé entre le majeur et l’annulaire d’un Michel Houellebecq à la mine encore plus décomposée que d’ordinaire. Peut être parceque ce groupe composé de quatre suèdois et une française qui tous vivent désormais en Angleterre s’est d’abord fait connaître sur scène sous le nom des Nicotines. Plus sûrement parceque l’écrivain dont tout le monde parle épingle assez justement dans son dernier roman, La Possibilité d’une Île, la tendance de l’homme à vouloir s’enivrer perpétuellement dans une quête éperdue de fun, niant égoïstement la vieillesse et la mort ; ce qu’il finit par qualifier avec écœurement de "génération de kids définitifs". Or c’est avant tout d’une insouciance justement fortement régressive qu’émane le charme du présent Demon.

Tout au long de ses onze titres, ce LP s’affirme comme un petit frère potentiel, moins arty et réfléchi mais plus espiègle et déluré, du génial Shishimumu des Phantom Buffalo. Ou si pour rester dans la débilisation enfantine on qualifie ce dernier de Willy, son Arnold. Comme les américains, ces européens parviennent à développer une vraie personnalité tout en multipliant avec décontraction les clins d’œil jubilatoires à notre discothèque. Le ton général, dont certains n’hésiteront pas à dire qu’il est bien timbré, est ainsi donné dès It is the law. Une guitare délicate qui pourrait laisser croire à un énième disque de pop façon c86 y est contrainte à rejoindre prématurément le placard par un riff de guitare et une batterie puissantes, bientôt rejoints par une basse toute ronde, des petits bruits synthétiques échappés du dernier opus de Stephen Malkmus et une voix féminine dissonante qui multiplie les variations approximatives autour des uniques mots "It is the law" comme un ivrogne répéterait sans fin qu’il veut sortir de sa cellule de dégrisement. Glue, le morceau suivant aux accents indéniables d'Apples in Stereo, est l’occasion de faire la connaissance du chanteur masculin de la bande, Henrik. Son phrasé bien particulier fait ici mouche à de multiples reprises et son ensommeillé "Are you actually sayin that we are not as cool as we think ?" a tout pour devenir culte aussi bien dans l’étrange tribu de ceux qui ne chaussent à leurs pieds que des Converse que chez leurs détracteurs. En organisant la rencontre d’une ligne de basse piquée à Kim Deal avec les claviers du fils caché de Matt Sharp (The Rentals) sur le survitaminé Sister In Love, The Envelopes parviennent ensuite à accoucher d’un tube power pop aux allures de rejeton primitif des New Pornographers. Avec un sens parfait du timing, Your Fight is Over démontre que le quintet sait aussi contenir sa gentille folie sans décevoir. Les oooh oohs délicats de cette piste parviendront sans peine à embobiner l’exorciste le plus déterminé à éradiquer ce Demon pour mieux le faire sautiller sur un I don’t even know dont on finit effectivement par ne plus savoir si il doit plus à Devo ou à Pavement. Les dernières pistes si elles se réclament toujours des mêmes influences (Pixies, Os Mutantes…voire Etienne Daho peut être sur My Fren ?) parviennent à ne pas se répéter de manière flagrante et achèvent de parfaire, malgré soi, cette nouvelle victoire par KO de l’hédonisme sur la raison. N’hésitez donc pas à envoyer en recommandé ces Envelopes à tous les sceptico-dépressifs auxquels vous voulez du bien ! Même si encore une fois ce bien ne sera qu'un pernicieux cache misère...

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Pochette Disque Demon

» Tracklisting

  1. It Is The Law
  2. Glue
  3. Sister In Love
  4. Your Fight Is Over
  5. I Don't Even Know
  6. Isabelle and Leonard
  7. Audrey In The Country
  8. My Fren
  9. I Don't Like It
  10. Massmouvement
  11. Sotnos

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