Brad Mehldau Trio

Anything goes

( Warner ) - 2004

» Chronique

le 15.03.2004 à 12:00 · par Antoine D.

L'album de standards, un exercice notamment pratiqué dans le passé par Thelonious Monk ou Keith Jarrett, est l'occasion pour Brad Mehldau de revenir sur le devant de la scène en ce début 2004 : aux côtés de ses deux habituels partenaires de jeu, Larry Grenadier (contrebasse) et Jorge Rossy (batterie), Anything goes est un retour vers l'intimisme du trio, deux ans après évolué en formation plus étendue sur Largo. Ces dix titres revisités à la sauce jazz par le Brad Mehldau trio trouvent leurs sources dans divers répertoires : quelques titres de figures de la musique américaine (Paul Simon, Henry Mancini), le rock (Radiohead) et quelques classiques du jazz (Skippy de Thelonious Monk, Anything goes de Cole Porter qui donne son nom à l'album).

On reconnaît d'entrée de jeu la touche du Mehldau trio à travers le jeu de ces trois partenaires de longue date qui, une fois de plus, démontrent leur capacité à se trouver les yeux fermés. Mêlant classe, romantisme et une virtuosité au service des émotions, ces relectures permettent régulièrement au trio de se livrer à des expérimentations à partir de bases classiques. Il souffle un grand vent de liberté dans ces reprises, Mehldau n'hésitant pas dès le titre d'ouverture, Get Happy (Harold Arlen), à boucler, mêler les mélodies, pour dresser un tableau particulièrement complexe où la recherche perpétuelle et le repoussement des limites règnent en maître. En choisissant des orientations insoupçonnées, en densifiant l'aire de jeu, en variant l'intensité des notes, le Mehldau trio s'élève progressivement et confère une grande ampleur aux morceaux, notamment sur Tres Palabras (Osvaldo Farrés).

La complémentarité, leur grande force, est toujours au rendez vous, et c'est un dialogue permanent auquel se livrent les trois protagonistes : Smile (que Chaplin composa pour les Temps Modernes) en est bel exemple, Larry Grenadier initiant la mélodie à la contrebasse, bientôt rejoint par le piano. Impeccable de bout en bout, Jorge Rossy illumine Anything goes, qu'il s'agisse d'imprégner de l'élégance par un toucher hors du commun (Dreamsville où les balais effleurent chaque élément de la batterie) ou d'affirmer un large éventail de jeu dans les envolées, comme sur le passage obligé qu'est devenu la reprise de Radiohead. Car après avoir repris deux titres de OK Computer (Paranoid Android, Exit music), c'est cette fois ci à Kid A que le trio s'attaque, en reprenant Everything in its right place. Cette version préalablement entrevue sur les tournées, se voit ici immortalisée sur disque et s'affirme comme la plus intéressante des trois reprises de Radiohead, notamment pour l'originalité de l'adaptation et la construction même du morceau : introduction à la contrebasse, mélodies au piano puis décollage de Rossy dans son style relâché, déconcertant de facilité dans un jeu qu'il étoffe brillamment grâce aux continuels retournements de baguettes, qui sont autant de modifications des teintes qu'il donne à son instrument.

Plus sages que sur scène, Mehldau, Grenadier et Rossy réussissent à mettre l'accent sur leur goût immodéré pour les expérimentations et l'improvisation, tout en conservant une grande accessibilité. Par sa diversité stylistique et par la densité du jeu, Anything goes provoque une véritable addiction : un album séduisant auquel on revient souvent et dont on repart avec de nouvelles découvertes à chaque écoute. Nul doute qu'il est à ranger parmi les meilleurs volets de la série Art of the trio, à tel point que s'il s'était appelé Art of the trio volume 6, il n'aurait sûrement pas volé son nom.

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Anything goes

» Tracklisting

  1. Get happy
  2. Dreamsville
  3. Anything goes
  4. Tres palabras
  5. Skippy
  6. Nearness of you
  7. Still crazy after all these years
  8. Everything in its right place
  9. Smile
  10. I've grown accustomed to her face

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