[The User]

Symphony #2 for Dot Matrix Printers

( Asphodel ) - 2000

» Chronique

le 20.07.2005 à 06:00 · par Constantin D.

Retour délibéré à des technologies obsolètes, mise en place d'un orchestre mécanique autonome et hiérarchisé, détournement d'ustensile de bureau... le premier projet du collectif montréalais [The User] est intéressant depuis de multiples perspectives. C'est ce qui fait de la Symphony une oeuvre d'art contemporain marquante, pas seulement un disque, mais aussi une installation, une performance... Mais d'un point de vue musical le résultat est-il convaincant ? Le projet a l'air éminemment conceptuel : il s'agit de faire fonctionner, synchronisées, dix imprimantes matricielles crachant les caractères ASCII qui donnent leurs noms aux pistes, utilisant le fait que ce type d'imprimante est très bruyant et produit des sons relativement variés. Au-delà des différentes significations du projet, l'idée en elle-même pourrait presque être suffisante et sa mise en application, superflue (ce qu'ont défendu des artistes conceptuels comme Lawrence Wiener ou Bernard Venet) - à moins que ces imprimantes ne soient réellement capables de réaliser quelque chose de musical.

Or ce projet de symphonie pour imprimantes matricielles a été réalisé, de nombreuses fois en public, et a fait l'objet de deux sorties en CD, d'abord un mini-CD chez Staalplaat, peu convaincant, puis ce second opus chez Asphodel. Et le fait est que le résultat n'est pas seulement écoutable, mais est même plutôt riche et surprenant. D'abord, la superposition des boucles de sons fait bien sûr penser à une musique électronique minimaliste, quelque chose qui aurait pu naître sous Propellerhead Rebirth, un émulateur synthé des années 90. Lentement, les bruits d'habitude si pénibles des imprimantes se répètent et viennent se superposer, dévoilant l'étonnante étendue des sonorités qu'elles peuvent produire. La répétition décousue fait place au chevauchement organisé en rythme des imprimantes, chaque morceau avançant vers une complexité et un volume sonore croissant. Au départ, par exemple dans ., il est difficile de ne pas se sentir ramené au projet lui-même, au fait que nous sommes là à écouter des imprimantes au bruit décousu et absurde. Mais le disque suit la même progression vers une complexification croissante, via l'augmentation du nombre de caractères ASCII imprimés, pour donner finalement naissance à des pièces drone, hypnotiques, belles, notamment l'avant-dernière, } . } @ } . @ . } @ } . @ . } @ } . @ . } @ } . @ . } @ } . @ . }, où la linéarité est abandonnée, et où il est désormais tout naturel d'oublier la nature du projet.

[The User] rejoint dans le fond nombre de groupes qui peuvent sembler moins conceptuels ou qui, en tous cas, n'en comportent pas la dimension artistique (au sens d'art contemporain), par sa dimension noise et la revendication que la musique à tout à gagner à ne pas se limiter à des instruments ou des façons de jouer établies. La grande réussite de cette seconde Symphony for Dot Matrix Printers, c'est de faire la jonction entre un projet presque complètement conceptuel, et donc particulièrement intéressant dans la réflexion qu'il met en marche, et un disque qu'on apprécie intuitivement, comme une expérience purement sensible, purement sonore, sans le parasitage symbolique de l'intervention humaine.

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Pochette Disque Symphony #2 for Dot Matrix Printers

» Tracklisting

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