Richmond Fontaine

The Fitzgerald

( El Cortez ) - 2005

» Chronique

le 07.07.2005 à 06:00 · par Jean-Yves B.

Placés sous les feux des projecteurs et souvent encensés par la presse spécialisée britannique à l'occasion de la sortie l'an dernier de Post To Wire, excellent album folk/rock qui était déjà leur cinquième, les Richmond Fontaine ne sont pas du genre à faire des concessions inutiles ou à vendre leur âme. Pour preuve, ce principalement acoustique The Fitzgerald, sorti sans bruit, est un disque sombre et ascétique, presque difficile à écouter de bout en bout malgré ses qualités.

Un homme, courbé, marche en regardant ses pieds dans une rue sinistre de Reno, Nevada. C'est la photo de la pochette et c'est une bonne introduction à l'univers tourmenté de Willy Vlautin, songwriter et parolier de haut niveau, qui a écrit le gros de ce nouvel album dans l'hôtel The Fitzgerald, l'endroit même autour duquel traînent les personnages de losers fatigués de ces chansons. Vlautin les décrit avec une empathie inlassablement touchante ; parfois pesante tant il semble porter le poids de la misère du monde sur les épaules, par exemple lorsqu'il chante la litanie des malheurs du couple de The Janitor.

Malgré une ou deux longueurs, ce sixième album est régulièrement très captivant, avec des moments d'une grande intensité, particulièrement dans les passages les plus dépouillés, comme Welhorn Yards (dont l'instrumentation guitare acoustiques/discrets effets sonores rend palpable la solitude terrifiante des personnages - "The wind howled above us/And it nearly scared me to death") ou Making It Back. Quelques épisodiques titres plus nerveux forment un contrepoint efficace à tant d'aridité, notamment Exit 194B aux légères teintes hispanisantes.

La plus belle réussite de ce disque est en plage 4, avec ce Incident At Conklin Creek qui s'impose comme la quintessence de l'art de Willy Vlautin, aussi bien comme compositeur (mélodie et arrangement de piano magnifiques) que comme écrivain. Digne d'une nouvelle de Raymond Carver, la chanson raconte en trois minutes la découverte traumatisante d'un cadavre par une famille en camping dans des mines désaffectées, narrée par un enfant. Vlautin y décrit avec simplicité, économie et surtout une lucidité proprement dévastatrice l'impuissance humaine face à l'horreur ("We stayed the night in a roadside motel/Dad had a bottle of Old Crow and he finished it/As he lay passed out, I knew I'd never sleep").

Richmond Fontaine, qui signent avec ce nouvel album en quelque sorte leur Nebraska à eux, valent donc décidément mille fois mieux que leurs pseudo-sbires à qui on les compare de manière pourtant bien intentionnée (American Music Club ou Ryan Adams, et puis quoi encore?). On ne peut qu'espérer que son apparente austérité ne découragera pas le chaland de visiter The Fitzgerald, une adresse sûre s'il en est.

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Pochette Disque The Fitzgerald

» Tracklisting

  1. The Warehouse Life
  2. Welhorn Yards
  3. Black Road
  4. Incident At Conklin Creek
  5. Disappeared
  6. Casino Lights
  7. Exit 194B
  8. Laramie, Wyoming
  9. The Janitor
  10. Don't Look And It Won't Hurt
  11. Making It Back

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