Bohren und der Club of Gore

Black Earth

( Wonder ) - 2002

» Chronique

le 16.03.2004 à 18:00 · par Antoine D.

Une pochette de disque arborant une tête de mort sur fond noir peut rebuter, qui plus est lorsque le titre Black Earth y est inscrit en caractères gothiques. Quand sur la pochette arrière défilent les titres de neuf morceaux évoquant le noir, la destruction, les tombes, les cercueils ou encore les squelettes réduits en poussière, on sent une certaine inquiétude poindre, tant le nombre de mauvais groupes gothico-métallo-prépubères ayant surfé sur cette vague est incommensurable. Oui, mais voilà, Bohren und der club of Gore est une formation au parcours atypique. Si leur intérêt commun pour le grindcore, le deathmetal et le hardcore avait initié leur rencontre en 1988, ce quatuor venu d’Allemagne décida en 1992 de se lancer dans une voie plus personnelle. En 1993, arrive leur première vague d’enregistrements que l’on pourrait rapprocher de l’univers musical de David Lynch (Angelo Badalamenti, John Neef...). Le groupe se cherche, travaille le son, et s’oriente peu à peu vers le jazz : une décision véritablement entérinée avec l’arrivée du saxophoniste Cristoph Clöser en 1997. Si Black Earth est le quatrième album du groupe, on peut considérer qu’il s’agit du deuxième disque tourné vers le jazz (le premier étant Sunset mission, sorti en 2000). De leurs influences, ils n’ont conservé que la teinte "doom" pour dépeindre un jazz sombre et langoureux, particulièrement séduisant par la classe naturelle qu’il dégage. Bien que pouvant être par instants proche de Nils Petter Molvaer, Bohren und der club of Gore exprime sa vision propre à travers une cinématique minutieuse, un style que Morten Gass (Fender Rhodes, piano) définit avec une bonne dose de second degré par d’amusants qualificatifs tels que "Piano doom" ou "Horror jazz". Sur un léger fond atmosphérique, la basse ténébreuse fait office de colonne vertébrale, elle fixe le tempo et soutient l’élégance du Fender Rhodes ou du piano, la délicatesse de la batterie et la sensibilité du saxophone. Lentement, et durant 70 minutes, le flux du quartet envahit l’espace à l’image d’une bouteille de parfum laissée ouverte : Bohren et sa légion démontrent ainsi leur incroyable capacité à diffuser la mélancolie et la noirceur. Black Earth est une longue route dans la nuit, mais n’ayez pas peur de la parcourir avec les phares éteints.

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Pochette Disque Black Earth

» Tracklisting

  1. Midnight Black Earth
  2. Crimson Ways
  3. Maximum Black
  4. Vigilante Crusade
  5. Destroying Angels
  6. Grave Wisdom
  7. Constant Fear
  8. Skeletal Remains
  9. The Art Of Coffins

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