Phantom Buffalo

Shishimumu

( Time-Lag Records / Rough Trade ) - 2005

» Chronique

le 31.03.2005 à 06:00 · par Thomas F.

Nul ne peut imaginer le désarroi qui s’empare du modeste chroniqueur amateur à la minute où il réalise une méprise toute personnelle concernant la signification du titre exotique d’un album sur laquelle il était enfin parvenu à fonder au prix de moult efforts et sacrifices inhumains une théorie certes minimaliste et fantaisiste mais suffisante pour lui permettre de trouver un angle d’approche conciliant un minimum d’originalité et de justesse vis-à-vis du disque en question. Que faire dès lors à part écrire une phrase bien trop longue et incompréhensible ? S’inscrire à l’université Dauphine pour suivre des cours de langues orientales, renoncer à sa théorie fumeuse ou tirer crassement profit de son inculture comme si de rien n’était ou presque ? Comme nombre de mes camarades capitalistes à qui elle réussit prodigieusement, j’ai évidemment opté pour la dernière option. ShiShiMuMu, une onomatopée dont j’ai renoncé à trouver le sens, se confondra donc dans cette chronique, comme initialement dans mon esprit, avec Shi Fu Mi. Le groupe originaire du Maine ne verra sûrement pas d’inconvénient à cette substitution. Après tout, il fut connu un temps sous le patronyme de Ponys avant d’opter pour celui de Phantom Buffalo afin de ne plus être confondu avec son homonyme nettement plus teigneux de Chicago.

Le Shi Fu Mi donc n’est autre, au pays du Soleil Levant, que l’équivalent de notre Papier Pierre Ciseaux. Tout ça pour ça me direz vous ! Eh oui, c’est affligeant mais l’ambiance de cour de récréation et l’esprit fraîchement enfantin dégagés par ce jeu siéent tellement bien aux Phantom Buffalo que vous excuserez volontiers ce long écart. Déjà, à l’heure où une célèbre marque informatique aux pratiques commerciales de plus en plus cyniques présente comme révolutionnaire une fonction de lecture aléatoire pourtant ancestrale pour mieux faire oublier l’absence d’écran sur son dernier produit dérivé audio, c’est un plaisir précieux que d’entendre sur ce disque les 3 premières pistes s’enchaîner avec candeur en une seule prise, "à l’ancienne". Surtout cet album est d’une telle richesse qu’on imagine très bien ces cinq garçons (trois guitares, une basse et une batterie) composer leurs morceaux selon un chemin aléatoire né de la confrontation naïve permanente au travers de leurs mains d’influences allant de la pop 60’s au folk rock indé des années 90, à l'image du génialement titubant Parasitic Wedding Vows. Patchwork musical détonnant pas trop soucieux de soigner les coutures, ShiShiMuMu possède encore comme spécificité remarquable de parvenir à ne jamais provoquer d’overdose de références chez l'auditeur. Mieux, au-delà du ravissement simple que procure son écoute ou plus exactement y contribuant, il a cette caractéristique rare de renvoyer chacun à sa propre éducation musicale. Faites le test, personne ne décèlera dans ces compositions les mêmes fantômes ; de quoi passer quelques soirées sympathiques entre amis ! Les fans de twee pop citeront Belle and Sebastian (pas seulement pour la voix fragile de Jon Balzano Brookes), The Essex Green ou Sodastream tandis que ceux préférant leur pop plus classique se féliciteront des échos de Kinks contenus dans un Wimp Soufflé par exemple. Les amateurs de lo fi évoqueront plus volontiers Pavement et pourquoi pas les Unicorns. Les plus biberonnés au rock apprécieront les touches de Sonic Youth notamment sur le très Washing Machine-esque Wilamena et riront de quelques sonorités réminiscentes du hit de Soundgarden, Black Hole Sun. Pour rester dans les astres, un titre comme Golden Finish pourrait faire figure de métissage entre le Summer Sun de Yo La Tengo et l’americana lunaire et hantée de la dernière production de for stars. Et caetera. Enfin, dans mon spectre discographique, trois courtes intros de guitare font systématiquement jaillir de ma mémoire, sans mimétisme plus évident que ça, le Painted Eyelids de Beck (Golden Finish), une tension sombre à la The Fall (A Hilly Town) et une version ralentie du First of the Gang to Die de Morrissey (Cheer Up My Man). Que du bonheur comme on dirait ailleurs !

Si on ne risque pas de voir Nathalie Portman s’exclamer “ce disque va changer ta vie” dans Garden State 2 car, malgré quelques paroles angoissées très bien trouvées ou d'autres pleines de "non sense", n’est pas James Mercer (The Shins) qui veut, Shishimumu n’en demeure pas moins un exquis bain de jouvence dans lequel il est absolument conseillé de plonger ne serait ce qu’un orteil. Nul besoin de jeux de mains-jeux de vilains pour réaliser qu’il s’agit là d’une des meilleures surprises de ce début d’année, de celles qui vont marquer de plus en plus d’esprits au fil des mois par un enthousiaste bouche à oreille et qu’il faudra compter les alchimistes de Phantom Buffalo parmi les révélations de 2005 même si le groupe existait depuis 1998 (Daniel Darc se sentira moins seul…).

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Pochette Disque Shishimumu

» Tracklisting

  1. Golden Finish
  2. Silverfish
  3. A Hilly Town
  4. Willamena
  5. Domestic Pet Growing Seeds
  6. Anywhere With Oxygen
  7. Parasitic Wedding Vows
  8. The Missing Parachute
  9. Distracting Salamander
  10. Ask Your Grandmother
  11. Catfish
  12. Wimp Soufflé
  13. Cheer Up My Man

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