Eluvium

Talk Amongst the Trees

( Temporary Residence ) - 2005

» Chronique

le 08.03.2005 à 06:00 · par Antoine D.

Un peu moins d'un an après la sortie d'un mini album de compositions pour piano (An Accidental Memory in the Case of Death), Matthew Cooper aka Eluvium revient aux sources ambient de l'album qui l'avait révélé en 2003, Lambent Material. Un nouvel opus qui s'inscrit dans une longue tradition, aussi bien dans l'esprit des pionniers du genre que de celui d'un Stars of the Lid qui aurait préféré la sérénité chaleureuse à la noirceur inquiétante et glacée, et dont les huit nouvelles pistes partagent une thématique commune, en parfaite adéquation avec la pochette du disque: huit voyages dans des paysages embrumés, guidés par un son ambient très atmosphérique, qui allie densité et textures travaillées. Malgré cette unité dans le sujet abordé, l'éventail des tonalités utilisées permet à Eluvium de préserver une certaine diversité au fil des pistes, et l'une des réussites principales de Talk Amongst the Trees réside dans la qualité de ses transitions, leur naturel assurant la cohérence de l'ensemble.

Qu'il s'agisse de sa gestion du temps, de son utilisation raffinée de la guitare et des claviers ou de son art de disposer ses boucles dans l'espace et de superposer ses différentes strates, sa maîtrise technique apparaît une fois de plus au grand jour, indéniable comme le sont aussi les qualités esthétiques de cet album qui se place en éloge de la production soignée. Dans des environnements où la distinction est rendue difficile en raison d'une vision floue, des séquences mélodiques émergent et Eluvium nous fait profiter d'un univers hypnotique et captivant, mais lorsque le décor est planté, on regrette parfois que certaines pistes ne soient touchées par une relative stagnation. Des progressions avortées ou des prolongations un peu vaines font en effet naître une légère sensation d'amertume, cette impression de voir en Matthew Cooper le bon élève récitant trop docilement sa leçon... parfois à l'image de son interprétation assez scolaire (au piano) dans son second album.

Fort heureusement, ce défaut tend à s'estomper pour finalement disparaître au delà du premier tiers, où ses compositions prennent de l'ampleur: un palier d'ailleurs bien symbolisé par le titre Calm of the Cast-Light Cloud qui incarne une longue remontée, depuis des profondeurs abyssales jusqu'à la surface. Comme sur Lambent MaterialZerthis Was a Shivering Human Image illuminait l'album durant un quart d'heure, c'est sur l'exercice longue durée (près de dix sept minutes, ici) que Talk Amongst the Trees connaît son apogée. Car contrairement aux premiers morceaux, le titre Taken s'appuie en effet sur une évolution constante, où la guitare parvient sans cesse à reprendre de nouveaux souffles et à s'élever vers des altitudes stratosphériques pour un résultat particulièrement puissant. Enfin, après un intermède lumineux (We Say Goodbye to Ourselves), One offre lui aussi un visage plus évolutif pour clôturer l'album, avec un contraste entre tonalités massives et palpitations aiguës.

A défaut de signer un album très original, Matthew Cooper exploite ses techniques au maximum et livre au final un disque d'ambient globalement plaisant: on ne peut de toute façon pas lui retirer le fait que Talk Amongst the Trees apporte son lot d'émotions et de sensations à l'auditeur qui traversera ici un royaume harmonieux.

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Talk Amongst the Trees

» Tracklisting

  1. New Animals From The Air
  2. Show Us Our Homes
  3. Area 41
  4. Everything To Come
  5. Calm Of The Cast-Light Cloud
  6. Taken
  7. We Say Goodbye To Ourselves
  8. One

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