Frog Eyes

The Folded Palm

( Absolutely Kosher ) - 2004

» Chronique

le 16.03.2005 à 06:00 · par Jean-Yves B.

Il faut s'être soumis à l'expérience étonnante que constitue l'écoute en boucle des 2 minutes 28 secondes de The Oscillator's Hum*, le titre le plus impressionnant de ce troisième album, pour se rendre compte à quel point Frog Eyes est un groupe capable de tout détruire sur son passage. Régal mélodique absolu, avec son déluge de claviers digne d'un titre de Grandaddy sous amphétamines, la chanson révèle aussi un chanteur (?) assez incroyable : Carey Mercer, qui chante - on va dire- comme Tom Waits s'il était poursuivi par une meute de chiens féroces, avec aussi un petit côté Frank Black période du début des Pixies pour l'art du hurlement ou même du jappement ; en tout cas avec une intensité et une fièvre, qui si elle fatiguera peut-être certains, ne se dément jamais.

Car Frog Eyes, à l'instar des Fiery Furnaces mais dans une veine beaucoup moins ludique et plus sombre, est un groupe dont l'univers est hautement personnel, et qui visiblement se fout salutairement que les gens puissent les trouver étranges. C'est un spectacle fascinant que de voir le petit barbu à l'air placide et sympathique qu'est Mercer se transformer en pile électrique, voire en effrayant maniaque sur scène : une chose est sûre, le bonhomme croit à sa musique et l'énergie qu'il y met force le respect. La musique qu'on entend sur The Folded Palm tient à la fois d'une ravageuse concision punk et d'un onirisme lunaire et décalé, notamment dans l'utilisation intensive des claviers sur les titres plus lents.

The Folded Palm s'écoute idéalement d'une traite (et en 34 minutes, il n'y a quasiment pas de déchet) comme on vit un rêve très étrange, excitant et inquiétant. Par exemple, après une salve inaugurale particulièrement dévastatrice (trois morceaux entre une et deux minutes, notamment l'énorme The Akhian Press), l'auditeur a droit à un repos tout relatif avec deux méditations angoissantes telles que Bells In The Crooked Port, pour de nouveau repartir sur le bref et haletant Ship Destroyer. Les transitions sont toujours parfaitement maîtrisées et les textes particulièrement abscons chantés avec un abandon troublant par Carey Mercer ne manquent pas d'intriguer.

Le morceau de bravoure final, Russian Berries But You're Quiet Tonight, est presque enjoué, avec un petit côté musique de carnaval, mais après trois minutes bifurque brusquement vers une note finale assez ineffablement sinistre et bouleversante : "You better hold tight/Cause even cancer needs a home", y répète Mercer menaçant accompagné d'un piano et d'une batterie martelés et d'une guitare déliquescente. Quelques notes de berceuse et c'est fini - il va falloir s'accrocher, oui. The Folded Palm est finalement cette chose assez rare : un album dont l'univers tordu et a priori inapprochable est rendu palpable et magnifié par la conviction et l'intensité sans merci du jeu des musiciens, et surtout de cette voix, qui hantera les possesseurs de cet album des jours et des nuits durant. Un grand disque, pour faire simple.

*mp3 disponible sur la page du groupe chez Absolutely Kosher.

Retour haut de page

Pochette Disque The Folded Palm

» Tracklisting

  1. The Fence Feels its Post
  2. The Akhian Press
  3. I Like Dot Dot Dot
  4. Bells in the Crooked Port
  5. New Soft Motherhood Alliance
  6. Ship Destroyer
  7. The Heart that Felt its Light
  8. The Oscillator's Hum
  9. Important Signals Will Break the Darkness (this I hope)
  10. New Tappy is Heard and Beheld
  11. Ice On the Trail
  12. A Library Used to Be (black hole and its concentrated edges)
  13. Russian Berries but You're Quiet Tonight

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.