Psapp

Tiger, My Friend

( Arable / Gronland ) - 2005

» Chronique

le 22.02.2005 à 06:00 · par Thomas F.

Sur leur site officiel, www.psapp.net, Carim Classman et Galia Durant se définissent diligemment comme un duo aimant écrire des chansons où jaillissent sans prévenir de petits bruits curieux ; la concision comme stratagème pour mieux nous inciter à écouter leur musique, pourquoi pas ? Alors on s’exécute mais ayant raté les quelques EPs du groupe sortis depuis 2003, l’écoute du Northdown Flat B1 qui ouvre leur premier album signé sur Arable (label fort respectable tenu par une moitié d’Isan) laisse croire que leur musique va être aussi paresseuse et passe partout que leur sens de la formule. Heureusement, ce collage grisonnant, entendu et réentendu mille fois ailleurs, opposant bruits bucoliques (petits oiseaux, brindilles qui crépitent dans un feu de camp…) à un murmure urbain électromagnétique tout droit sorti de la série d’animation Lain Serial Experiments ne dure que 31 secondes et ne sert à vrai dire que de faire valoir aux rayons de soleil parfois éblouissants (à défaut d’aveuglants) que réserve la suite. A commencer par ce Rear Moth qui après une intro-gimmick de flûte et didgeridoo mêlés mue en une folktronica aux accents sud américains entraînants, croisement réussi entre le Mice Parade d’Obrigado Saudade et Broadcast. Mieux vaut toutefois aimer les jouets en plastique pour animaux domestiques pour apprécier pleinement la chose. L'utilisation de sons inattendus comme instruments à part entière, censée faire l’originalité du groupe fait sourire lorsque bien intégrée à l’écriture (l’étrange bossa About Fun) mais peut, comme au hasard chez Cocorosie, agacer également. Car systématisée, elle finit parfois par devenir le gadget de trop, l’artifice qui cache une production par ailleurs toujours très soignée (Carim Classman a fait ses classes chez Einstürtzende Neubauten ou Susheela Raman). Ainsi les sons de laser dignes d’un Buzz L’Eclair made in China distillés sur Leaving in Coffins font, à mon goût, un peu trop figure de marque de fabrique disgracieuse greffée capricieusement et à tout prix sur ce morceau electro pop de facture classique aux paroles habiles et agréablement mélancoliques lorgnant du côté de Postal Service et Her Space Holiday.

Enfin soyons clairs, cet aspect n'est irritant précisément que parce que l'album a d'autres richesses plus conventionnelles à proposer. Par exemple, Calm Down qui débute comme une création de Mum laisse rapidement entrevoir quelques velléités soul dans la voix de Galia étoffant un peu plus le côté cocon douillet du disque. A vrai dire ce morceau, tout comme King Kong ou Tiger, My Friend, ne manquera pas d’évoquer le Morcheeba le plus lascivement abyssin à certaines paires d’oreilles. Autre morceau autre influence, le vaporeux The Counter semble s’être échappé d'un cabaret jazz enfumé jouant le Central Reservation de Beth Orton pour aller flirter quelques secondes du côté de Bristol et Portishead. Dégageant une rare sensation d’abandon et de temps suspendu, il laisse entrevoir une facette plus sombre et prometteuse pour ces londoniens qui réfléchissent désormais à comment transposer leur univers fait de bric et de broc sur scène…

Tiger, My Friend est au final un album qui cultive les paradoxes. Minimaliste et sophistiqué, jamais vraiment original il parvient à se démarquer du tout venant electronica en faisant preuve de cohérence et en détournant la maîtrise en personnalité. Jamais plus envoûtant que dans ses tentatives les plus dépouillées et affectées c’est pourtant principalement pour son côté ludique et sa capacité à générer une parenthèse chaleureuse et naïve entre deux averses déprimantes (littéralement) que l’on y revient si souvent. Il appartient en réalité à cette catégorie d’albums auxquels il manque ce petit plus pour marquer durablement la mémoire mais qui excellent pour affecter instantanément les sensations. Avec Psapp les soucis font pschitt pendant une quarantaine de minutes et c’est déjà bien. Alors, pourquoi pas?

ps : Le distributeur allemand du disque, Gronland, propose de découvrir la diversité de l'album via un player accessible par ici.

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Pochette Disque Tiger, My Friend

» Tracklisting

  1. Northdown Flat B1
  2. Rear Moth
  3. Leaving in Coffins
  4. Calm Down
  5. Velvet Pony
  6. About Fun
  7. Curuncula
  8. King Kong
  9. The Counter
  10. Chapter
  11. Tiger, My Friend

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