Harold Budd

Avalon Sutra

( Samadhi Sound ) - 2004

» Chronique

le 03.02.2005 à 06:00 · par Antoine D.

La sortie d'Avalon Sutra sur le label de David Sylvian (Samadhi Sound) s'est effectuée dans un contexte bien particulier, Harold Budd ayant annoncé qu'il tirait sa révérence avec cet album. A moins d'un improbable retournement de situation, nous voici donc face à la conclusion d'un parcours bien rempli: batteur de jazz dans ses jeunes années, Budd s'oriente finalement au début des 70s vers des compositions où le piano rencontrera allégrement l'ambient. En trente ans de carrière et avec son style très identifiable, il aura enchaîné les albums solos et les collaborations (Cocteau Twins, Daniel Lanois notamment, et Brian Eno sur Ambient 2: The Plateaux of Mirror, The Pearl...). Devant la densité de sa discographie, on pourra tout de même relever quelques inégalités, non pas en terme de qualité d'écriture, mais plutôt sur les bases d'une production qui n'a pas toujours très bien supporté l'épreuve du temps: ainsi, à l'image de quelques productions ECM des années 80/90, certains disques de Harold Budd souffrent d'un côté new-ageux quelque peu tombé en désuétude aujourd'hui... mais, autant le préciser immédiatement, Avalon Sutra n'entre pas dans cette catégorie.

Ce double album reprend les grands principes fondateurs de la musique de Harold Budd, de la délicatesse de son jeu au piano jusqu'à la finesse des couches ambient qu'il dépose sur des compositions aux forts accents nostalgiques, sans jamais tomber dans la tristesse facile ou le sentimentalisme mièvre. Au contraire, il se dégage ici un certain sentiment de sérénité et parallèlement Avalon Sutra se pose en éloge du souvenir et de la répétition du geste: cette main qui se pose invariablement sur les touches à chaque entame de titre, d'une façon limpide, constitue l'une de ses marques de fabrique. D'autres réminiscences surgissent au cours du premier disque, notamment au cours du titre A Walk in the Park with Nancy (in Memory) dont l'atmosphère évoque l'ouverture de The Pavilion of Dreams (1978).

Il ne faudrait cependant pas se méprendre en pensant que Harold Budd nous sert du réchauffé pour le dernier chapitre de sa discographie, car Avalon Sutra se révèle finalement être un projet ambitieux, en particulier par son recours à une instrumentation large: le sax soprano de John Gibson s'invite à trois reprises (Arabesque 1, 2 & 3) et sa flûte entretient un dialogue feutré avec le piano sur How Vacantly You Stare at Me, tandis qu'un quartet de cordes (trois violons et un violoncelle) effectue un survol récurrent. Intelligence et justesse dans l'utilisation des instruments sont au rendez-vous dans cet alliage très naturel, où les notes interagissent en permanence: elles se complètent dans des prolongements chaleureux au sein d'un subtil jeu sur la netteté du son. On observe ainsi des contrastes entre des nappes floues (les aspects les plus tournés vers l'ambient) et des lignes mélodiques claires, dans un perpétuel souci de renforcer l'impact de ces phases en suspension.

Si le second disque s'inscrit dans la continuité du premier, sa structure est néanmoins radicalement différente puisqu'il s'agit ici d'une piste unique de près de soixante dix minutes: extension maximale et langoureuse pour ce remix intitulé As Long As I Can Hold My Breath (By Night) et réalisé par Akira Rabelais (lui aussi auteur d'un album chez Samadhi Sound en 2004). Le lent bercement opéré par les cordes, les apparitions épisodiques de Budd au piano et l'électronique embrumée se confondent dans une ambiance résolument hypnotique, toujours dans cette thématique du souvenir, cette vision tantôt précise, tantôt incertaine. Cet exercice de style pertinent incarne une relecture complémentaire des formats courts du premier disque, et l'ensemble est d'ores et déjà à considérer comme un essentiel de la discographie de Harold Budd. Sortie idéale avant la retraite musicale, Avalon Sutra aura par ailleurs constitué une bonne occasion de mesurer l'influence notable de ce compositeur sur bon nombre d'artistes actuels, de Rachel's à Max Richter en passant par Adam Wiltzie (Stars of the Lid, Dead Texan)... un passage de relais, en quelque sorte.

Retour haut de page

Avalon Sutra (artwork: Chris Bigg)

» Tracklisting

CD1: Avalon Sutra

  1. Arabesque 3
  2. It's Steeper Near the Roses (for David Sylvian)
  3. L'Enfant Perdu
  4. Chrysalis Nu (to Barney's Memory)
  5. Three Faces West (Billy Al Bengston's)
  6. Arabesque 2
  7. Little Heart
  8. How Vacantly You Stare at Me
  9. A Walk in the Park with Nancy (In Memory)
  10. Rue Casmir Delavigne (for Daniel Lentz)
  11. Arabesque 1
  12. Porcelain Ginger
  13. Faraon
  14. As Long As I Can Hold My Breath

CD2: As Long As I Can Hold My Breath

  1. As Long As I Can Hold My Breath (By Night)

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.