Jennifer Gentle

Valende

( Sub Pop ) - 2005

» Chronique

le 01.02.2005 à 06:00 · par Erwan M.

Un vent de fraîcheur souffle sur la péninsule italienne. Jennifer Gentle, duo de musiciens originaires de Padova, y est sûrement pour quelque chose. Remarqués ces dernières années, ici en première partie de Mogwai, là en collaboration avec le guitariste Makoto Kawabata (Acid Mothers Temple), les deux compères, récemment signés chez Sub Pop, livrent en ce début d’année leur troisième album Valende, objet pop des plus intrigants. Comme ses deux prédécesseurs, Valende est cuisiné à la maison, et sent bon la pop psychédélique des sixties, dans la lignée des recettes développées par les gourmets Syd Barrett et Brian Wilson. Si certaines des compositions sonnent comme un hommage appuyé aux canons psychés de l’époque, l’ensemble de l’album dispose d’assez de trouvailles sonores pour que l'on ne se sente pas constamment absorbé par un revival indigeste. Ici, Jennifer Gentle alterne morceaux de garage pop entraînants avec des compositions plus atmosphériques à la complexité mesurée.

L’album débute gentiment avec Universal Daughter, ballade de bric et de broc à l’étonnant solo au ballon de baudruche (dé)gonflé à l’hélium. I Do Dream You, hommage folâtre aux compositions catchy de la fin des années 60, invite riffs à la Kinks, synthés vintage pour une mélodie bubble-gum aguicheuse. Marco Fasolo, chanteur et guitariste du groupe, n’hésite pas à multiplier les effets (réverbs, échos) sur sa voix, qui se confond régulièrement dans le magma sonore développé par la variété des instruments utilisés (clochettes, xylophones, flûtes, castagnettes, réveils..).

Version méditerranéenne des Animal Collective, les Jennifer se distinguent néanmoins dans leurs titres les plus calmes. Circles of sorrow par exemple, berceuse lancinante à l’orchestration délicate (cordes rêveuses, voix veloutée, carillons...) s’avère l’un des morceaux les plus convaincants de l’album. Un peu plus loin, The Garden Pt 1 est une invitation à l’évasion, promenade acoustique dans une nature luxuriante récemment parcourue chez les finnois de Kiila : mélodie éthérée, percussions subtiles, picking délicat, la recette idéale pour s’évaporer dans une brume mélancolique. Le morceau Hessesopoa toutefois, prend l’auditeur à contre-pied, en développant pendant 7 minutes 30 un bouillon sonique ou s’entrechoquent cymbales, flûtes, bribes de voix, dans un carambolage rythmique des plus exigeants. Retour au calme, pour la seconde partie de The Garden, qui reprend les choses là où on les avait laissées avant l’orage. La même mélodie hypnotique est de nouveau déclinée dans un écho lointain.

Pour conclure l’album, Nothing Makes Sense ranime l’auditeur dans une excentricité grandiloquente. Le titre constitue la bande son idéale d’un parc d’attraction psychédélique : mélodie carnavalesque, voix loufoque surtrafiquée, changements de rythmes, rires bizarroïdes… L’Italie de Berlusconi se shoote à l’hélium et semble aimer ça !

Au final, Valende constitue un excellent pot-pourri riche en fibres, entre tradition et modernité, et réussit à placer la ville de Padova sur la carte mondiale du folk barré. A suivre…

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Pochette Disque Valende

» Tracklisting

  1. Universal Daughter
  2. I Do Dream You
  3. Tiny Holes
  4. Circles of Sorrow
  5. Garden, Pt. 1
  6. Hessesopoa
  7. Garden, Pt. 2
  8. Golden Drawings
  9. Liquid Coffee
  10. Nothing Makes Sense

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