Will Johnson

Vultures Await

( Munich ) - 2004

» Chronique

le 11.01.2005 à 06:00 · par Jean-Yves B.

Ca se confirme : on constate avec ce Vultures Await que Will Johnson n'est jamais meilleur que lorsqu'il s'écarte du rock indé poisseux de son groupe principal - Centro-Matic. On avait déjà apprécié le superbe premier album de South San Gabriel (Welcome, Convalescence), plus lent et contemplatif, et où se faisaient sentir des influences plus diverses, de la country jusqu'à un peu d'electro. Ici Will Johnson poursuit une troisième voie, celle d'une carrière solo entamée il y a deux ans avec Murder Of Tides, et qui se caractérise surtout par son dépouillement instrumental et un accent plus fort (volontaire ou non) sur la clarté des textes.

Il ne faut pas longtemps pour comprendre qu'on tient là un disque qui ne rigole pas. Toutes (ou presque) les chansons de Vultures Await parlent de rupture imminente, ou bien de rupture en cours, ou bien de rupture à peine consommée... bref. Pas un sujet des plus folichons ni des plus originaux mais Johnson, qui nous a habitué à des textes très obscurs (qui a déjà compris un traïtre mot à ce que racontent les chansons de Centro-Matic ?), s'en tire très bien dans une veine plus personnelle et directe - la majeure partie du disque est d'ailleurs à la première personne.

Musicalement, l'album rappelle un peu les dernières ruminations acoustiques en date de Jason Molina et son peu engageant Pyramid Electric Co. Mais Will Johnson a lui quelques mélodies magnifiques pour tirer l'auditeur de la routine et de l'ennui, à commencer par ce Just To See What You've Been Dreaming d'ouverture, simple ballade au piano. Il tire aussi une grande émotion d'effets tout simples, comme la voix doublée sur la superbe chanson-titre ou Closing Down My House et son poignant refrain ("And it's true, I'm watching what I say/To you, most each and every day..."). La relative variété de l'instrumentation donne aussi des couleurs différentes à des chansons souvent un peu trop similaires et manquant de relief. Just Some Silence est presque trop triste et aride pour être supportable, mais au bout de quelques minutes intervient un déchirant solo de violon qui sauve la chanson de l'essouflement.

Et puis au milieu de tout ça, il y a Catherine Dupree, cinq minutes de voix/piano décharné qui est tout bonnement la meilleure chanson jamais enregistrée par son auteur. Inexplicablement calée au début de la deuxième face sur l'édition européenne, ce titre normalement censé ouvrir l'album est le récit funèbre de la fin tragique d'une étudiante qui brûle dans l'incendie de son université qu'elle a elle-même allumé. Tout est parfait dans ce titre qui s'inscrit dans la tradition d'un certain fatalisme folk américain, la voix nue comme jamais, la squelettique et hésitante mélodie au piano et les paroles somptueuses. Johnson chante cette histoire morbide avec un abandon inoui, rappelant même le Dylan de certains titres des Basement Tapes, comme si la Catherine Dupree dont il parle était sa plus proche amie et que jamais il ne se consolera de sa mort : "Catherine Elaine, you are a hero in vain/but I like your intentions all the same/but in several minutes you were turned to black ashes/And that is no way to celebrate your victory parade".

De quoi amplement pardonner l'absence de titre véritablement excitant dans le dernier quart du disque, et cet énervant tic qu'a Will Johnson d'allonger certaines syllabes ad libitum lorsqu'il chante. Tant qu'il y aura des moments de grâce pareils dans ses disques, on suivra.

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Pochette Disque Vultures Await

» Tracklisting

  1. Just To Know What You've Been Dreaming
  2. Vultures Await
  3. Just Some Silence
  4. Sleep A While
  5. As Victims Would
  6. Closing Down My House
  7. Catherine Dupree
  8. On, Caledonia
  9. Your Bulldozer
  10. A Thousand Other Parts
  11. Fly, My Sweet Dove
  12. Nothin' But Godzilla

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