Sonic Liberation Front

Ashé A Go-Go

( High Two ) - 2004

» Chronique

le 10.12.2004 à 06:00 · par Antoine D.

Nombreux sont les musiciens qui, de décennie en décennie, ont fait se rencontrer la musique afro-cubaine et le jazz. Collectif basé à Philadelphie, Sonic Liberation Front perpétue cette tradition en signant un second album qui rappelle -y compris en terme de son- bon nombre d'enregistrements des années 50 et 60 (The African Beat d'Art Blakey, par exemple). Les compositions de ce groupe emmené par le percussionniste Kevin Diehl sont un lieu de cohabitation entre deux axes principaux. Le premier est incarné par une série d'interventions cuivrées (opérées par trois saxophonistes et un trompettiste) qui offrent un large éventail de possibilités, tout en affichant une certaine assurance pour passer d'un jazz plutôt "conventionnel" (The sirens) à un registre beaucoup plus free (Pow!, Init...), notamment lorsque les instruments se libèrent et entrent en transe sous l'impulsion des percussions. Car le second élément prédominant repose bel et bien dans la section rythmique du groupe, où la batterie est entourée d'une armada issue de la tradition afro-cubaine: tambours Batas (Iya, Itotele, Okonkolo), claves, shekere et congas constituent une véritable forêt polyrythmique, au travers de laquelle se faufile la contrebasse, tantôt en pleine conversation avec les autres instruments, tantôt avide de distiller plus volontairement ses accents latins, funk ou jazz. Outre cet aspect instrumental et au delà de la référence à la culture Yoruba dont le titre de l'album se fait l'écho, cette ouverture vers les horizons afro-cubains se déroule aussi sur un plan vocal: en ouverture avec les choeurs de Ashé A Go-Go et en clôture sur Gema Oculta, mais aussi le temps d'un intermède relativement inattendu lorsque Chuckie Joseph dépose sa voix sur les dégradés d'une guitare aux couleurs folk (Agua Dulce).

La démarche de Sonic Liberation Front se révèle particulièrement ouverte dans la mesure où elle n'hésite pas à opérer les croisements stylistiques sans pour autant perdre une once de cohérence. On notera par ailleurs que la production, sans artifices, retranscrit fidèlement la nature profonde des instruments, leur ancrage dans la tradition, comme pour mieux souligner que ce type d'alliance est hérité d'une longue lignée musicale. Bien loin des clichés de la "world music" (le terme est déjà assez péjoratif en soi), Ashé A Go-Go peut s'appuyer sur son authenticité et sa qualité d'interprétation: les envolées mélodiques des cuivres en direction du free-jazz sont poussées, les percussions surprennent dans leurs ruptures et leurs variations, autant qu'elles apportent une grande densité à l'ensemble. Pour peu que l'on soit un adepte ou un simple curieux, ce deuxième album de Sonic Liberation Front se place en solide représentant du genre.

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Ashé A Go-Go

» Tracklisting

  1. Ashé a Go-Go
  2. Pow!
  3. The Sirens
  4. Init
  5. Agua Dulce
  6. Seize the Time
  7. Gema Oculta

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