Eivind Aarset

Connected

( Jazzland ) - 2004

» Chronique

le 20.08.2004 à 12:00 · par Antoine D.

Principalement connu pour être le bras droit et guitariste attitré de Nils Petter Molvaer, Eivind Aarset figure aussi parmi les musiciens de session les plus convoités, comme en témoignent ses apparitions ces dernières années sur plus de 150 albums. Ce norvégien mène parallèlement une carrière solo, débutée en 1998 avec Electronique noire et poursuivie en 2001 avec Light extracts, jusqu’ici dans un esprit très proche de ce qu’il laissait entrevoir sur les premiers albums de Molvaer : nappes de guitares en suspension et effets multiples réunies pour un troublant rendez-vous entre une face mystérieuse et une présence émotionnelle hors du commun. A l’instar de ses prédécesseurs, ce troisième album vient s’ajouter au catalogue du label Jazzland Records (dirigé par l’un des grands gourous de la scène electrojazz norvégienne, Bugge Wesseltoft), mais loin de se confiner dans son style habituel, Eivind Aarset impulse ici une dynamique de diversification à sa vision musicale.

Pour mener à bien cette démarche, Aarset s’est entouré d’une dizaine de collaborateurs de plus ou moins longue date, parmi lesquels on retrouve Jan Bang et Erik Honore (notamment vus aux côtés d'Arve Henriksen, trompettiste de Supersilent), le contrebassiste Marius Reksjö et le batteur Welte Holte (respectivement membres de Beady Belle et Wibutee, deux formations signées chez Jazzland), le saxophoniste/clarinettiste Hans Ulrik (collaborateur de Marilyn Mazur) ainsi que quelques musiciens de Molvaer : Rune Arnesen (son habituel batteur, ici en charge des percussions) ainsi que le tandem Raymond Pellicer/Pal "Strangefruit" Nyhus (sampler, platines). En somme, c’est un line-up étendu qu’Eivind Aarset a convié pour réaliser un album "en famille", avec, en point de mire les croisements entre jazz et électronique, s’immisçant même le temps d’un morceau (Nagabo Tomora) dans la fusion world à travers la voix et le oud de Dhafer Youssef (Aarset était d’ailleurs l’un des invités de marque du dernier album de Youssef, Digital Prophecy).

Cependant, plutôt que de s’orienter vers des compositions d’electrojazz résolument hybrides, Eivind Aarset joue l’alternance dans son appel à l’électronique, tantôt très poussé, tantôt plus feutré pour un retour vers des structures jazz plus traditionnelles. Mais, les morceaux de la première moitié de Connected connaissent des fortunes diverses. L’introduction (Family pictures 1) basée une alliance électronique/guitare dans la lignée d’un Skyphone décontracté et épuré, la remarquable présence du saxophone (Feverish) ainsi que l’élégance de la basse (Silk worm) sont des éléments très prometteurs malheureusement tempérés par des titres où l’utilisation plus criarde de l’électronique (aux limites de la drum n'bass) aboutit à un résultat cruellement inexpressif. D’autre part, l’intégration du oud et de la voix (Nagabo Tomora), loin d’être désagréable, peine néanmoins à trouver sa place, et le constat est alors pour le moins mitigé : une qualité souvent de mise souffrant d’un fil conducteur qui éprouve quelques difficultés à rester tendu.

Fort heureusement, ces accrocs dans l’enchaînement s’estompent par la suite, et la seconde moitié de Connected séduit aisément par une belle progression, que l’on aurait certes souhaitée plus prématurée. Ainsi, en purifiant son approche, Eivind Aarset affiche sa personnalité de façon plus sereine : accompagné par les percussions, il plonge sa guitare dans une obscurité énigmatique (Blue in E), puis, appuyé par une électronique veloutée, il s’éclaircit dans la quiétude (Family pictures 2), avant de glisser vers un final (Changing Waltz) qui renoue avec les lents et touchants dégradés de certains de ses plus beaux titres du passé (notamment Emphatic guitar sur Light Extracts, 2001).

C’est donc un sentiment assez paradoxal que l’on éprouve à l’issue de l’écoute de Connected : une introduction sous les meilleurs hospices avant de souffrir d’une discontinuité stylistique qui fait passer quelques morceaux pour des exercices laborieux, alors qu’en termes qualitatifs, les titres sont régulièrement de bonne voire excellente qualité. Si le titre de l’album suggère son désir de rester connecté à de nombreux réseaux musicaux, la quête de diversité entreprise par Aarset porte d’une certaine façon un préjudice à la cohésion du disque, même si la seconde partie tend à nous réconcilier pleinement avec son style. On pourra voir en Connected un reflet des rapports qu’entretiennent actuellement le jazz et l’électronique au sein d’une scène norvégienne en pleine ébullition... mais peut-être plus sous la forme d’un catalogue que d’un véritable album homogène.

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Connected

» Tracklisting

  1. Family Pictures 1
  2. Electro Magnetic in E
  3. Connectic
  4. Feverish
  5. Silk Worm
  6. Nagabo Tomora
  7. Blue in E
  8. Transmission
  9. Family Pictures 2
  10. Changing Waltz

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