Raymondo

S/t

( Matamore / Mandaï ) - 2004

» Chronique

le 05.11.2004 à 06:00 · par Erwan M.

Quand on se plonge dans un atlas des Etats-Unis, et qu’on s’éloigne des grosses agglomérations pour suivre du doigt les circonvolutions des routes secondaires, on prend toujours plaisir à découvrir le nom des villages isolés aux intonations pourtant connues. Paris, Texas. Berlin, Wisconsin. Milan, Tennessee. Manchester, Connecticut. Autant de villes en retrait, a l’ombre de leurs grandes sœurs internationales.

Dans le livret du premier album de Raymondo, il est écrit que l’enregistrement-maison s’est fait à Bruxelles. Pourtant dès le premier morceau, Open Air Projection, on se dit que non, cette musique ne peut pas provenir du plat pays, et que mais oui bien-sûr il existe sûrement une petite bourgade en Arizona du nom de Bruxelles. Un Bruxelles sans gaufres ni technocrates européens, égaré entre l’aridité du désert et la flore luxuriante des vertes vallées…

Sorti en toute confidentialité en mars dernier chez Matamore, le premier opus du quatuor bruxellois est produit par Adam Wiltzie (à l’origine du son des premiers Bedhead et Windsor for the Derby) et partage avec un bon nombre de groupes américains le goût des mélodies boisées, en apesanteur. Entre atmosphères lumineuses et spleen voilé, la voix de Christian Nolf (ex-SexyTiger) invite l’auditeur à prendre le temps de rêvasser. Entrelacs de guitares joueuses, batterie mesurée, voix susurrée: le songwriting est précieux, les arrangements méticuleux. Les références aux cousins américains sont multiples mais parfaitement assimilées: Sur She’s Like A Fruit, le groupe nous entraîne dans une ritournelle à la Mark Eitzel, mais la mélancolie ici est peut-être moins plombée. Avec To the future, ballade capiteuse au rythmes bossa, la voix chaude de Nolf, calquée sur le timbre de Josh Haden, rappelle les complaintes intimes de Spain. Entre ballades folk délicates (You Shine On aux trompettes veloutées) et progressions post-rock (The Highest Restaurant), l’album se révèle sincère, fragile et captivant.

Au final, on regrettera la courte durée de l’album (8 titres pour à peine 36 minutes), mais en attendant la suite, on se dit que ce premier essai, tout à fait prometteur, est une invitation à s’intéresser en profondeur aux productions confidentielles provenant de Bruxelles (Arizona ?).

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Pochette Disque S/t

» Tracklisting

  1. Open Air Projection
  2. She's Like a Fruit
  3. To the Future
  4. You Shine On
  5. The Southern Seashore
  6. Summer Comes
  7. The Highest Restaurant
  8. Falling from Love

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