Pharaoh Overlord

The Battle of the Axehammer

( Last Visible Dog ) - 2004

» Chronique

le 14.11.2004 à 06:00 · par Antoine D.

Né en 1991, Circle s'est affirmé comme l'un des groupes phares de la scène finlandaise, proposant une formule très ouverte aux croisements stylistiques : drone, krautrock, punk, metal... et inévitablement le free folk, un domaine dans lequel la Finlande est devenue l'une des grandes places fortes (Avarus, Kemialliset Ystävät, Pylon, Päivänsäde...). Parallèlement, le groupe a donné naissance à une demie douzaine de side-projects, et si chaque ramification possède sa propre identité, chaque projet est souvent l'occasion de se concentrer sur un style en particulier, pour une approche moins versatile que celui de la "maison mère". Circle fait donc véritablement figure de pieuvre et l'une de ses tentacules, Pharaoh Overlord, est présentée comme étant son incarnation "stoner-rock". Après deux albums (sobrement intitulés #1 et #2), la formation emmenée par Jussi Lehtisalo (par ailleurs fondateur d'Ektro Records) est de retour avec un album live, The battle of the Axehammer.

Capté en 2001 à Helsinki en comité restreint, cet enregistrement livre rapidement sa première surprise au regard de l'incroyable métamorphose opérée par le groupe dans son passage du studio à la scène. D'un coup d'oeil dans le rétroviseur, on se souvient que sur le premier album, Pharaoh Overlord avait misé sur une production très claire et jouait considérablement sur la répartition spatiale des séquences mélodiques et rythmiques, tandis que sur le second, le groupe s'essayait plus volontairement aux expérimentations, tout en tentant quelques incursions dans le domaine acoustique. Ici, l'approche est radicalement différente, puisque la formation s'appuie sur l'aspect confiné de l'endroit et opte pour un son beaucoup plus abrasif, affirmant un penchant très appuyé pour la distortion et les lourdes déflagrations. En somme, le live est le cadre choisi par la bande finlandaise pour se transformer en bête furieuse, un véritable rouleau compresseur prêt à décimer tout obstacle qui osera s'interposer sur son parcours.

Grâce à ce changement brutal dans le son, The battle of the Axehammer s'impose comme un inéluctable tour de force qui met l'accent sur l'agressivité, permettant une relecture totalement inédite des morceaux enregistrés en studio. Plutôt paisible sur les précédents albums, la batterie prend ainsi une toute autre dimension : si elle rappelle aux bons souvenirs de Can (se référer à Halleluhwah sur Tago Mago), elle est ici beaucoup plus mise en avant et insuffle une dynamique surpuissante, délivrant ça et là quelques redoutables accès de violence, en particulier lorsque les cymbales sont matraquées par des séries de deux, trois ou quatre coups consécutifs qui relancent la machine de plus belle. Dopés par la basse, les riffs de la guitare sont répétés inlassablement et contribuent au caractère entraînant des titres, ainsi qu'à leur aspect hypnotique. Mais si cette notion était déjà présente en studio, la prestation scénique constitue un instant privilégié pour se laisser aller aux improvisations : les secondes moitiés de chacun des cinq morceaux sont en effet propices à l'intégration (en arrière plan) d'ingrédients psychédéliques (effets d'échos sur les voix, nappes hallucinées... un peu comme si Acid Mothers Temple était aussi présent ce soir là, mais dans la pièce voisine).

Sous leurs apparences basiques et rentre-dedans, les compositions de Pharaoh Overlord se révèlent donc beaucoup plus subtiles qu'elles n'y paraissent, et l'on est finalement assez surpris de découvrir que sous la couche massive que le groupe déverse, se cache un dosage souterrain qui emmène l'auditeur vers de douces sensations de transe. Ce facteur s'avère déterminant dans la réussite du disque, car si les trois premiers morceaux (un inédit puis deux morceaux tirés de chaque album) frappent essentiellement par leur efficacité et leur imparable côté "défouloir", on s'aperçoit qu'en réalité Pharaoh Overlord monte d'un cran, piste après piste, au point d'atteindre l'excellence sur la dernière ligne droite. Tout d'abord au cours d'un Mangrove déchaîné qui surpasse littéralement la version studio et sur lequel la batterie, omnipotente, stimule le reste du groupe. Ensuite, le temps d'un final en forme d'apothéose (un titre inédit et plus évolutif, Black horse), symbole d'une énergie déployée à son maximum et d'une alchimie totale entre les deux facettes de Pharaoh Overlord, l'aspect détonant d'une part, l'aspect psychédélique d'autre part (le chant incantatoire, les envolées mélodiques de la guitare).

De ce disque, on retient donc dans un premier temps qu'il invite à une appréciation très différente de la musique de Pharaoh Overlord, principalement en raison de la différence d'orientation du point de vue du son : un choix extrême en faveur de la saturation et de la distortion, et dont le résultat s'avère très positif... pour les adeptes du genre (tout de même) qui, une fois qu'ils auront passé la tête au dessus du mur du son imposé par le groupe, découvriront que la notion hypnotique propre aux versions studio s'enflamme pleinement sur cet enregistrement pour virer dans le psychédélique. Par ailleurs, si la considération individuelle de chaque piste fera parler une certaine efficacité, le point principal qu'il faut souligner est la nature ascendante du set fourni par Pharaoh Overlord : une particularité qui permet à cette infernale équipée de s'extirper du peloton pour une course qui saura retenir l'attention des amateurs de secousses sismiques.

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The Battle of the Axehammer

» Tracklisting

  1. Mountain
  2. Skyline
  3. Mystery Chopper
  4. Mangrove
  5. Black Horse

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