Tulsa drone

No wake

( Dry county / Oscill ) - 2004

» Chronique

le 21.11.2004 à 06:00 · par Antoine D.

Certains patronymes sont trompeurs : ni basé à Tulsa (Oklahoma), ni à dominante "dronesque", Tulsa Drone doit seulement son nom à un jeu de mots autour de "dulcet tones", qualificatif émanant de l'entourage du groupe et finalement assez approprié à leur musique. Malgré les apparences donc, cette formation instrumentale est originaire de Richmond (Virginie) et sort, trois ans après sa naissance, son premier album via sa propre structure, le label Dry County.

Aux côtés d'Eric Grotz à la guitare, de Scott Hudgins à la basse et de Jim Thomson à la batterie, se tient le hammer-dulcimer de Peter Neff, collaborateur de Tanakh (sur le double album sorti cette année chez Alien8), que l'on a notamment pu entendre sur le premier album de Pan American, ainsi que sur le E Luxo So de Labradford. Le dulcimer tient ici un rôle central et cette spécificité contribue largement à l'originalité des compositions de Tulsa Drone. Le groupe peut en effet s'appuyer sur la dualité de l'instrument : d'une part, il possède ce caractère percutant et vibratoire qui lui permet de dialoguer aisément avec la basse et la batterie, et d'autre part son éventail mélodique est suffisamment large pour instiguer un brillant contraste avec la noirceur de la guitare. Mais le point intéressant réside dans le fait que Peter Neff exploite ces possibilités avec brio, et Tulsa Drone propose ainsi des approches diversifiées au fil des neuf titres de l'album. Tout d'abord, les contacts succincts sur le dulcimer sont effectués à des fréquences variables, induisant ainsi une cinématique polyrythmique (basse, batterie et cordes martelées sur un titre tel que Ironweed). Ensuite, l'intensité de ces contacts influe sur la nature des sons, au point où, lorsque les coups assénés sont secs et appuyés, le dulcimer se confondrait presque un clavecin. Du point de vue purement mélodique, on assiste au déploiement de séquences contemplatives évoquant les grands espaces d'Ennio Morricone, dans lesquels les notes se répercutent comme par ricochets (les cordes sont associées par paires et dédoublent régulièrement les nuances du son). Tulsa drone y adjoint parfois de longs dégradés dans les aigus à la mandoline, comme sur Honcho Toro, un titre très évocateur qui semble planer au dessus des arides décors de l'Espagne ou du sud italien.

On sait par ailleurs à quel point les cuivres ont été ces dernières années des instruments prisés de la nébuleuse des groupes post-rock, certains en faisant un usage régulier (Do Make Say Think, The Beans...), d'autres y recourant de façon plus ponctuelle comme en ont par exemple témoigné les multiples apparitions de Rob Mazurek (Chicago Underground, Isotope217, Tortoise... et même chez GY!BE). Ici, c'est dans un esprit qui rappelle aux bons souvenirs hispanisants de Café Teatro, que le cornet de Paul Watson s'invite sur Honcho Toro, puis sur The Devil Changes Colors, un morceau accompagné du son des vagues en arrière plan... un sample que le reste des instruments se prend d'ailleurs à imiter. Au fil du disque, l'atmosphère s'alourdit, la course feutrée des balais sur la batterie (Chiaroscuro) cède la place à un jeu plus brut (Ironweed), tandis que la guitare laisse planer la menace. On glisse alors vers le centre de l'album (D-A-F, No wake), où les instruments se mêlent, grondent et s'unissent dans le flou pour atteindre des contrées plus sombres, des ambiances tendues, hostiles, et dont les lentes évolutions hantées s'avèrent assez justement en phase avec l'aurore boréale de l'artwork. D'un court intermède dopé par la basse (Fiery seven), la bande repart ensuite dans des directions plus apaisées, avant de terminer sur un court morceau aux couleurs nostalgiques (Red's theme).

Pour formuler néanmoins quelques réserves, on pourrait regretter la relative courte durée du disque (37 minutes) ainsi que certaines légères traces d'hétérogénéité : certains titres sont, il est vrai, plus intenses que d'autres et une production plus affirmée contribuerait à souligner encore plus les aspects dynamiques du groupe. L'ensemble demeure cependant de très bonne qualité, et avec No Wake, la formation de Richmond bâtit des fondations solides et pleines de promesses pour l'avenir. En guise d'ultime constat, on pourra noter que dans un genre musical qui a vu se répandre des groupes très prévisibles dans leur démarche, Tulsa Drone a préféré se détourner des schémas classiques (descentes, montées, explosions) pour se diriger vers une formule instrumentale singulière et inspirée... un courant d'air frais plutôt bienvenu.

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No wake

» Tracklisting

  1. Chiaroscuro
  2. Vendetta
  3. Honcho Toro
  4. Ironweed
  5. D-A-F
  6. No Wake
  7. Fiery Seven
  8. The Devil Changes Colors
  9. Red's Theme

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