Matthew Shipp

Equilibrium

( Thirsty ear ) - 2003

» Chronique

le 24.11.2003 à 18:00 · par Antoine D.

Après avoir longtemps écumé les mers du jazz avant-gardiste, c'est en tant que directeur artistique que Matthew Shipp s'est attaché, ces dernières années, à développer la collection "Blue Series Continuum" du label Thirsty ear. A l'image de Blue Note dans les années 60 (Herbie Hancock, Lee Morgan, Grant Green...) ou d'ECM dans les années 70 (Keith Jarrett, Jan Garbarek, Chick Corea...), Thirsty ear part donc à la découverte de nouveaux territoires du jazz. Outre les récents albums de Matthew Shipp (en tant que leader) qui explorent le post-bop et l'électronique, le label s'est ainsi ouvert aux mélanges jazz / hip-hop (collaborations de Shipp avec Antipop consortium, puis El-P) et jazz / electro-dub (avec DJ Spooky, Lee "Scratch" Perry et Mad professor).

Si le précédent album (Nu bop, 2002) s'orientait largement vers l'electro-jazz, Equilibrium s'affirme comme un album résolument tourné vers le post-bop. Ici, l'électronique ne fait que de rares apparitions, et Matthew Shipp a choisi de transformer le classique trio piano-contrebasse-batterie en quartet, en accueillant le vibraphone de Khan Jamal au sein de sa formation. Le premier tiers du disque décrit l'arrivée progressive des différents protagonistes, ouvrant ainsi les premiers dialogues entre les instruments dans une ambiance saccadée sur le titre d'ouverture, puis littéralement chaotique sur Nebula theory, morceau noir sur lequel William Parker utilise l'archet sur sa contrebasse (une technique d'ailleurs très prisée des norvégiens de l'Esbjörn Svensson Trio). Peu à peu, la cohabitation s'opère jusqu'à atteindre un état d'équilibre, propice aux parfaits échanges entre les musiciens : remarquable couple piano/vibraphone et enchaînements pointus de la contrebasse dans un timing brillant. Cohesion traduit cet état de stabilité entre les instruments, ce qui permet alors à Matthew Shipp de se livrer à une série d'emballées effrénées et envoûtantes au piano. Parallèlement, Shipp démontre ses capacités à se diversifier, en déployant des morceaux profonds (World of blue grass, par exemple), où à la construction moderne (The root, qui révèle encore plus le jeu épatant du batteur Gerald Cleaver), tout en sachant aussi revisiter un jazz plus classique (The key).

C'est dans un ultime morceau rêveur et embrumé que s'achève Equilibrium, et, à l'issue de l'écoute, on a le sentiment que Shipp a signé là un de ses plus grands albums : nul doute qu'il s'installe ainsi parmi les pianistes les plus créatifs de la scène jazz actuelle, aux côtés de Mehldau et Svensson.

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Equilibrium

» Tracklisting

  1. Equilibrium
  2. Vamp To Vibe
  3. Nebula Theory
  4. Cohesion
  5. World Of Blue Glass
  6. Portal
  7. The Root
  8. The Key
  9. Nu Matrix

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