Sleep

Dopesmoker

( Tee Pee / Chronowax ) - 2003

» Chronique

le 27.10.2003 à 06:00 · par David P.

Sleep est un groupe culte de doom. Le mot est lâché. La chronique aussi par le lecteur - qui était peut-être venu la lire inquiété par l'idée d'un come-back surprise des anglais de Sleeper - certainement pas (c'est la suite du début de la phrase, pas la réponse du lecteur prit en flagrant délit de se rappeler de Sleeper) là pour savoir quel est le dernier disque de doom à acheter. C'est quoi le doom d'ailleurs ? Pour faire simple et forcement réducteur, il suffit d'imaginer du Black Sabbath au ralenti. Ne bougeant même quasiment pas, aux ambiances lorgnant plutôt vers le glauque. Et quand ça bouge, ça rampe plus dans la boue qu'autre chose. Alors forcément, ce n'est pas très propre. Comme tout ce qui rampe dans la boue. Qui, enfant, n'a jamais rampé dans la boue ? Et à qui jette ton l'anathème ? Délit de sale gueule ? Un enfant - souvent très limité musicalement - mériterait plus le pardon qu'un brave chevelu morticole (alors qu'historiquement, les enfants étaient plus collabos que résistants durant la seconde guerre, on n'en a pas vu beaucoup résister) ? "La mort n'est rien. Ce qui importe, c'est l'injustice." a dit Camus. Réparons-la. Surtout qu'il y en a deux en fait. Dopesmoker fut écrit et enregistré en 1995 et ne sort donc qu'en 2003. Seule une version tronquée existait jusqu'à présent, sortie sans l'accord du groupe par un label peu scrupuleux qui préféra donc charcuter le travail du groupe en espérant en vendre plus, le rendant plus accessible.

Car cet album représente une sorte de challenge personnel, n'étant en fait qu'une seule et même "chanson" de plus d'une heure. 63 minutes autour d'un riff très caractéristique du genre. Comprendre lent, très lent, monstrueux et en mutation permanente. Une créature informe aux excroissances hallucinées. Chaque instrument devenant des membres progressant chacun de leur côté, ayant malgré tout une seule et même essence. C'est l'avantage des matières visqueuses, on peut les triturer dans tous les sens, les rendre informe. Dopesmoker est fait de cette matière, étiré aussi bien dans la durée que dans sa nature, toujours au bord de la rupture sans jamais s'arrêter de progresser. Vers où ? Un état second. Ou la poubelle. Quand on lance le CD, tout se passe dans les 20 premières minutes. Soit on s'impatiente, n'entendant toujours pas de chanteur, ne voyant aucun changement mélodique remarquable. Alors on utilise la touche accélérée et on entend la même chose 10 minutes plus tard, 20 minutes plus tard, comme ça jusqu'à la fin. On se demande alors ou est l'intérêt. Soit on rentre dedans, et là, c'est une expérience physique, le corps s'emplit de cette substance, elle devient nôtre, et toutes les variations deviennent de surprenantes évidences, ce n'est en fait jamais la même chose, rien ne se ressemble. Dopesmoker s'écoute alors comme de la musique "nouvelle". L'avant-garde n'étant donc jamais où on la croit, l'exigence se trouvant aussi dans des genres maudits.

Cadeau bonus à la fin du CD, un titre inédit en live. Moins intéressants et plus proches de leurs premiers travaux, ça reste écoutable. Et puis c'est gratuit, on ne va pas se plaindre.

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Dopesmoker

» Tracklisting

  1. Dopesmoker
  2. Sonic Titan

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