Supersilent

6

( Rune Grammofon ) - 2003

» Chronique

le 20.10.2003 à 18:00 · par Antoine D.

En 1998, le quartet Supersilent sortait un triple album intitulé 1-3, qui fut suivi par 4 (toujours en 1998) puis par 5 (en 2001), et c'est donc fidèles à leurs principes que les norvégiens ont donné le nom de 6 à ce nouvel opus. Une sobriété que l'on retrouve aussi bien dans l'austérité de l'artwork que dans les titres des morceaux, qui une fois de plus, suivent une numérotation (6.1, 6.2, 6.3...). Sous ces abords mystérieux, se cache avant tout une volonté de donner le choix : ne pas communiquer de messages afin de laisser l'auditeur trouver dans la musique ce qu'il voudra bien y trouver, et l'on peut ainsi raisonnablement penser que chacun aura plus que jamais une vision personnelle unique de ce paysage sonore.

Sur le plan musical, la discographie de Supersilent visite l'avant-garde, le jazz et l'électronique, le tout réalisé dans des situations bien particulières, puisque les albums sont conçus au cours d'intensives sessions entièrement improvisées. A l'image d'un savant fou s'enfermant dans son laboratoire, le quartet a donné naissance à 6 après quatre jours d'isolement en studio.

Emmenée par les claviers de Ståle Storløkken et l'électronique d'Helge Sten (Deathprod), l'ouverture (6.1) rassemble des mélodies résonnantes au caractère oppressant, rappelant par instants la bande-son d'Orange Mécanique. A l'image d'une traversée dans des mers nordiques embrumées où l'on ignore de quel côté vont dériver les icebergs, 6.1 est un maelström où règnent l'indécision et d'inattendus changements d'orientations sonores. Le titre suivant, 6.2, basé sur la réunion d'une trompette éthérée (Arve Henriksen, déjà auteur d'un album solo intitulé Sakuteiki sorti chez Rune Grammofon), d'une batterie étouffée et de nappes atmosphériques, revisite de fond en comble l'electrojazz de leurs compatriotes Nils Petter Molvaer et Eivind Aarset (on ne peut s'empêcher de penser aux atmosphères des albums Khmer et Solid ether).

Après ce passage en territoire connu, Supersilent repart de plus belle vers l'avant-garde dans 6.3, alternance entre un minimalisme obscur et les cataclysmes générés par la batterie de Jarle Vespestad (dans un registre radicalement différent, cet impressionnant géant chauve a officié au sein du minimaliste Changing places du Tord Gustvasen trio, sorti chez ECM en 2003), se finalisant par une apothéose sonore située quelque part entre Ulrich Schnauss et Sigur Rós (une légère influence vocale que l'on retrouve aussi sur l'ultime 6.6). Sur la seconde moitié du disque, Supersilent poursuit sa quête au coeur de chemins inexplorés, aussi bien par une lente progression hantée par des échos et des guitares tremblantes qui se réverbèrent dans tout l'espace (6.4), que par des rafales saturées qui sont à l'électronique ce que le larsen est au rock (6.5). Sur le dernier morceau, le quatuor scandinave a choisi l'apaisement, rangeant les synthétiseurs vintage dans les cartons, pour laisser place à la magie d'un piano en état d'apesanteur.

Avec 6, la spontanéité (résultante même de l'improvisation) est désormais couplée à une remarquable complicité entre les membres du groupe, mettant ainsi en lumière plusieurs points positifs : le jeu est désormais plus maîtrisé, les transitions orage/calme sont mieux amenées, ce qui donne à 6 le statut d'album le plus accessible de Supersilent. Accessible certes, mais il n'en est pas moins exceptionnel tant le quartet atteint l'état de grâce à de nombreuses reprises, à croire que décidément, les norvégiens ne sont pas prêts d'être détrônés dans ce domaine musical.

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6

» Tracklisting

  1. 6.1
  2. 6.2
  3. 6.3
  4. 6.4
  5. 6.5
  6. 6.6

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