Rosy Parlane

Iris

( Touch ) - 2004

» Chronique

le 31.10.2004 à 06:00 · par Antoine D.

Au sein de ses deux groupes (Thela, Parmentier), en solo ou via des collaborations (avec Mattin, Prevost, Fennesz ou Rehberg), Rosy Parlane cumule les projets à une cadence soutenue depuis bientôt dix ans. Plutôt discret ces derniers mois, le néo-zélandais nous revient cette année chez Touch, un label presque prédestiné puisque cet album s’inscrit pleinement dans la mouvance des récentes sorties de la maison anglaise, de Christian Fennesz à Biosphere, en passant par Philip Jeck. Jon Wozencroft (le fondateur de Touch) s’est une fois de plus chargé de l’artwork, choisissant comme souvent un paysage inspiré par le disque lui-même. Et à l’écoute d’Iris, son choix d’un décor hivernal se révèle très approprié pour décrire cette ambiance où les drones, les nappes atmosphériques et les textures cristallines sont réunis pour un voyage dans des contrées glacées et inhabitées. Fidèle aux principes de l’ambient, Rosy Parlane s’appuie essentiellement sur l’interaction entre l’environnement et la musique, pour des compositions auxquelles la dénomination "soundscape" conviendrait à merveille tant le son entretient un échange permanent avec le paysage évoqué.

Le titre d’ouverture superpose un drone, légèrement imprimé par un orgue, à un ensemble de palpitations et de grésillements aux sonorités métalliques (relativement proche de Pan Sonic) : des allures abstraites qui ne tardent pas à imager l’écoulement d’une eau quasi gelée, des fissures naissantes sur la glace, des stalactites prêtes à s’effondrer. En somme, à travers cet état transitoire, Rosy Parlane développe un sentiment d’incertitude très troublant, à mettre en parallèle avec le paradoxe que constitue ce morceau, statique en apparence et pourtant si complexe dans sa fugacité de chaque seconde. Le titre suivant ne souffre d’aucun problème d’enchaînement et pourtant il pourrait être caractérisé comme étant l’antithèse du premier : moins dense au niveau "microscopique", il laisse la place à un support ambient plus aéré, tandis que l’évolution générale du morceau se fait nettement plus ressentir. Ainsi sur ces dix huit minutes, Parlane intensifie ses drones, de la douceur de l’orgue vers des sons plus incisifs, introduisant progressivement par ailleurs quelques éléments bruitistes, oscillatoires ou atmosphériques ainsi que des rythmiques presque impalpables. Mais c’est finalement la dernière piste et sa juxtaposition de couches d’intensités et d’épaisseurs variées, qui retient le plus l’attention. Rosy Parlane excelle en effet dans ce registre assez proche de Stars of the lid, il préserve une très grande lisibilité entre les strates, une clarté qui invite au discernement à l’appréciation du titre à différents degrés d’écoute, du premier plan purement ambient qui enveloppe les tympans jusqu’à un arrière plan où l’on décèle une teneur organique. D’un bloc apparemment froid et inamovible, Rosy Parlane fait émerger une présence chaleureuse en jouant sur des variations infimes et signe avec Iris un album de contrastes au son puissant et saisissant.

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Iris (photo Jon Wozencroft)

» Tracklisting

  1. part 1
  2. part 2
  3. part 3

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