Mirah

C'mon miracle

( K Records ) - 2004

» Chronique

le 19.07.2004 à 12:00 · par Thomas F.

Les certitudes sont faites pour être ébranlées. Notamment les plus ineptes et anodines dont on s’auto alimente jour après jour dans des moments d’égarement. Ainsi, après avoir écouté et tant aimé le sublime Carbon Glacier de Laura Veirs, je pensais que la couronne de "chanteuse songwriter indie folk pop à guitare en bois et lunettes à grosse monture de l’année" (ouf !) reviendrait sans conteste à l’ancienne archéologue de Seattle. Evidemment, c’était sans compter sur le présent C’Mon Miracle et son interprète, bien décidée à la talonner de près.

Pourtant je n’ai même pas l’excuse de pouvoir prétendre que ce challenger soit sorti de nulle part puisqu’il s’agit déjà du troisième album de Mirah pour K Records. Du moins de son troisième véritable album solo dans la mesure où, tout récemment, Mademoiselle Yom Tov Zeitlyn s’est activement impliquée dans deux projets parallèles : un album de reprises de protest songs (malheureusement) intemporelles signées Bob Dylan, Leonard Cohen ou encore Kurt Weill avec The Black Cat Orchestra -To All We Stretch The Open Arm (Yoyo)- et un autre plus personnel enregistré sur 4 pistes avec Ginger Brookes Takahashi , Songs From the Black Mountain Project (K) . Deux collaborations à forte teneur folk qui, même si je n’ai pas encore eu le plaisir de les écouter en intégralité, semblent avoir eu une influence non négligeable sur son travail en solitaire avec les producteurs de toujours Calvin Johnson et surtout Phil Elvrum (alias The Microphones). Si ce dernier s’autorise toujours quelques libertés bienvenues et imprime toujours sa signature sonore, C’Mon Miracle paraît ainsi plus classique et mature dans son écriture, moins éparpillé et grandiloquent que son aîné de 2001, Advisory Committee.

La première chanson, Nobody has to stay, illustre parfaitement cette impression ; alors que sur son prédécesseur, toute intervention d’un instrument autre que la guitare était souvent synonyme d’emphase orchestrale décalée (un titre comme Cold Cold Water ayant même évoqué à certaines oreilles du Björk lo fi période Homogenic), les arrangements de violons restent ici discrets, entièrement au service d’une douce folk song intimiste et du joli filet de voix de Mirah. Même sur l’imagée mais engagée Jerusalem, la tonalité générale reste posée et sobre. Comme de la ville sainte à Dieu, il n’y a qu’un pas, The Light prend des allures de supplique. Classique ne signifiant pas ronronnant et monotone, on retrouve sur ce titre la grosse batterie saturée caractéristique du son K. Seulement, alors que l’on pensait détenir un mini tube indé avec son gimmick entêtant en "-ain", seule la voix cristalline survit à la première moitié enlevée de la chanson qui bascule ensuite brusquement dans une atmosphère proche des plus poignants passages de l’album d’A Camp. Mirah offre en fait fréquemment des intonations confondantes de similarité avec celles de la délicieuse Nina Person des Cardigans, notamment sur le morceau le plus évident de l’album, Look Up, dont la puissance et le déroulé remémorent les chevaux au galop illustrant l’intérieur du digipack. L’autre chanteuse à laquelle on peut penser au fil des écoutes est la vétérante Suzanne Vega, plus particulièrement sur les deux morceaux enregistrés à Buenos Aires et mâtinés de samba, Don’t Die in Me et The Dogs of B.A.. Ayant introduit ce paragraphe par l’idée d’une rupture artistique, c’est logiquement par l’évocation d’une autre rupture, sentimentale celle-ci, que je le conclurai. Présente en toile de fond de plusieurs titres, c’est sur We’re both so sorry qu’elle est le plus explicite. Outre des qualités musicales évidentes (harpe subtile et surtout un travail sur les voix somptueux, assez proche dans l’esprit du You Are Free de Cat Power), c’est l’occasion de relever un autre atout de la chanteuse originaire de Philadelphie : son habileté à résumer dans des textes personnels aux métaphores simples mais justes du ressenti universel.

Vous l’aurez compris, il est encore temps d’annuler votre réservation d’une chambre double à lits séparés à l’hôtel Saint Sauveur Martin Sébastien de Lourdes pour la deuxième quinzaine d’août. Le premier miracle de cet été, modestement humain mais garanti, est déjà disponible en import sur le site du label K Records (le même qui avait signé l’indispensable One Foot In The Grave de Beck).

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C'mon miracle

» Tracklisting

  1. Nobody Has to Stay
  2. Jerusalem
  3. The Light
  4. Don't Die in Me
  5. Look Up!
  6. We're Both So Sorry
  7. The Dogs of B.A.
  8. The Struggle
  9. You've Gone Away Enough
  10. Promise to Me
  11. Exactly Where We're From

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