Loscil

First narrows

( Kranky ) - 2004

» Chronique

le 03.09.2004 à 12:00 · par Antoine D.

Après un premier album (Triple point, 2001) consacré au thème de la thermodynamique, Scott Morgan (aka Loscil) avait considérablement approfondi sa démarche en 2002 sur Submers, une véritable plongée dans le monde sous marin au cours de laquelle il avait probablement exploité au maximum son potentiel dans le domaine de l’ambient "abyssale". On pouvait alors raisonnablement penser que Scott Morgan avait fait le tour de la question et qu’un troisième opus du genre eût été de trop. First narrows arrive justement à point nommé puisqu’il marque un changement de cap dans la discographie de Loscil : ce nouvel épisode symbolise en effet une sorte de remontée à la surface, un relâchement de la pression propice à la contemplation d’horizons très dégagés. Cet aspect est d’ailleurs souligné par l’artwork et le titre de l’album qui se réfèrent d’une certaine façon à l’observation du Pacifique depuis sa ville, Vancouver.

Entouré de Jason Zumpano (Fender Rhodes), Tim Loewen (guitare) et Nyla Rany (violoncelle), Scott Morgan allie pour la première fois l’électronique à des sources instrumentales, cultivant un certain minimalisme dont la composante prédominante demeure l’ambient, parfois pigmentée de techniques dub qui sont essentiellement appliquées aux éléments rythmiques (notamment sur Lucy dub puis Ema). Globalement, son état d'esprit est ici à rapprocher de certains de ses confrères de la maison Kranky tels que Paul Dickow (Strategy) et Mark Nelson (Pan american), ainsi que de son voisin de Toronto, Polmo Polpo, en particulier sur le morceau First narrows où sont incorporées des nappes de guitare en état d’apesanteur.

A première vue, la thématique de cet album pourrait se résumer à une longue rêverie admirative du ciel surplombant l’océan, ces deux espaces figés et étendus à l’infini comme sur une toile de Mark Rothko. Chacun sait que si cette vision macroscopique de la mer est le reflet d’un état stagnant, l’apparente immobilité n’est en fait qu’illusion : les marées et les vagues sont donc ici incarnées par un perpétuel travail sur les motifs, une intégration de rythmiques organiques, un long dégradé de Rhodes (Brittle) ainsi que par le flot de l’archet sur le violoncelle (Cloister). L’addition de cet aspect cinématique accentue le pouvoir évocateur de l’album, l'inscrit dans un cadre en continuelle mutation, et cette superbe capacité à dépeindre des paysages par le son apparaît décidément comme un talent majeur chez Loscil. Cependant, là où Submers dépassait littéralement l’effet recherché pour se prolonger au-delà de l’écoute de l’album, on a le sentiment que First narrows s’en tient "simplement" au but fixé : apaisant et agréable à l’écoute, mais manquant de cette force supplémentaire qui avait fait de son prédécesseur un album mémorable. Grâce à de solides atouts esthétiques, ce troisième opus reste tout de même digne d’intérêt, et on ne pourra qu’encourager Scott Morgan à poursuivre ce nouveau cheminement pour une exploration plus aboutie au prochain rendez-vous.

Retour haut de page

First narrows

» Tracklisting

  1. Sickbay
  2. Lucy Dub
  3. First Narrows
  4. Emma
  5. Modo
  6. Brittle
  7. Cloister

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.