Dreamboat

Dreamboat

( MIE Music ) - 2016

» Chronique

le 11.04.2016 à 06:00 · par Gaël P.

Le fait qu'Ilyas Ahmed n'ait pas connu la même reconnaissance que Liz Harris ces dernières années questionne quiconque est amené à se pencher sur sa musique. Cette dernière est pourtant faite des mêmes ingrédients que celle de la conceptrice de Grouper : une voix éthérée proche de l'effacement, des notes de guitare détachées et pures, une lenteur inexorable, digne héritière des tendances slowcore de la fin du siècle précédent. Bien qu'ils aient débuté au même moment - aux alentours de 2005 - et qu'un court album en commun, élaboré sous le nom de Visitor, ait scellé récemment leur compagnonnage, le natif du Pakistan peine à se faire connaître au-delà d'un cercle restreint (les papiers en langue française sont d'ailleurs bien rares à son sujet). A vrai dire, ses albums ont souvent laissé un goût d'inachevé, comme s'il manquait un élément pour attribuer à l'ensemble son caractère irremplaçable. Captivant sur sa première moitié, beaucoup plus lassant par la suite, son dernier album solo en date, I Am All Your Own, sorti au printemps de l'année dernière, témoignait de cette forme d'insuffisance.

A cet égard, grandement précieuse apparaît la collaboration d'Ilyas Ahmed avec ses amis du groupe de musique électronique Golden Retriever, résidents eux aussi de Portland (tout comme l'est Liz Harris), à travers l'inaugural album éponyme de Dreamboat. Car, en seulement un peu plus de trente minutes, le trio propose une formule tout à fait efficiente venant dynamiser les canevas mélodiques d'Ahmed. C'est que la richesse du matériau sonore développée par Matt Carlson et Jonathan Sielaff, faite de volutes de synthétiseur modulaire et d'obsédantes lignes de clarinette, vient épaissir et stimuler la construction minimaliste de base. A n'en pas douter, cette combinaison permet le libre déploiement d'une dramaturgie toute en contraste, tantôt réceptive à des passages purement emphatiques (l'irrésistible fin de Face To Face), tantôt pleinement exploratrice (le délitement free de Mirrored Image), et qui ne se laisse pas résumer à un découpage en plusieurs pistes (les titres au sein des deux faces étant indissociables). Puissamment enivrant tout en étant suffisamment audacieux, Dreamboat constitue un objet sonore auquel il est bien difficile de ne pas céder.

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Pochette Disque Dreamboat

» Tracklisting

  1. Aftershock Face To Face
  2. Mirrored Image Your Sunday Best

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