Kurt Vile | Steve Gunn

Parallelogram

( Three Lobed Recordings ) - 2015

» Chronique

le 18.12.2015 à 06:00 · par Gaël P.

En l'espace de quinze ans, le label américain Three Lobed Recordings, basé à Jamestown en Caroline du Nord, aura conquis de belle manière les amateurs de folk et de rock, que ce soit par son accompagnement au long cours de Bardo Pond, les sorties régulières de formations et d'acteurs tout aussi majeurs de la musique de ce nouveau siècle (MV & EE, GHQ ou encore Tom Carter pour n'en citer que trois) ou les nombreux soutiens plus épisodiques mais tout aussi cruciaux (certaines contributions de Daniel Bachman, Chuck Johnson ou Rhyton au catalogue ces dernières années). Pour fêter comme il se doit cet anniversaire, plusieurs musiciens ont été conviés à participer aux cinq albums regroupés dans le coffret Parallelogram, à la manière de la compilation Eight Trails, One Path sortie par le label il y a trois ans mais seulement en voyant les choses en un peu plus grand cette fois-ci.

Ainsi, fidèles et novices se côtoient pour une matière inédite avec une justesse de choix difficilement critiquable (Yo La Tengo et Bardo Pond, Six Organs Of Admittance et William Tyler ainsi que Steve Gunn et Kurt Vile sont réunis sur trois disques respectifs) qui peut par ailleurs lorgner vers le pari transgénérationnel (les titres de Michael Chapman succèdent à ceux de Hiss Golden Messenger sur un autre disque) comme l'assemblage free (un enregistrement d'un concert de Thurston Moore, accompagné du batteur John Moloney, introduisant la puissante concision du trio Bishop-Corsano-Orcutt sur le dernier disque). Petite déception tout de même : pour quatre des disques, il ne s'agit seulement que de splits alors que la collaboration réelle de ces musiciens en aurait enthousiasmé plus d'un, d'autant que le label a un passé tout à fait estimable à ce titre (ne serait-ce que par les fruits de la collaboration de Tom Carter avec Bardo Pond sur 4/23/03 / 4/25/03).

En l'occurrence, le regroupement de Steve Gunn et de Kurt Vile fait ici figure d'exception puisque les deux musiciens se sont non seulement secondés mutuellement mais ont invité également la harpiste et pianiste Mary Lattimore à les accompagner sur quatre des six titres. Ce qui n'est guère étonnant étant donné que Gunn a pu faire partie, au moins le temps d'une tournée, des Violators, backing band épaulant Vile tandis que, de son côté, ce dernier est originaire de Philadelphie tout comme l'est Lattimore, laquelle a pu par ailleurs participer discrètement à certains albums de ses deux homologues masculins (Way Out Weather, Smoke Ring For My Halo, Wakin On A Pretty Day).

Logiquement, ces nombreux liens confèrent une certaine cohérence formelle à ce mini-album de trente minutes reposant sur trois titres originaux et trois reprises (encore que cela pourrait être quatre reprises puisque Kurt Vile reprend ici un titre de son album God Is Saying This To You...). Il n'a pas dû toutefois être bien difficile aux deux musiciens de trouver un terrain commun, tant ils esquissent souvent une veine folk-rock de toute quiétude au sein de leurs discographies respectives. Afin de renforcer davantage cette tendance, Kurt Vile a d'ailleurs fortement usité de son banjo, tel qu'il l'avait déjà tenté sur son dernier album, B'lieve I'm Going Down, en septembre dernier (I'm An Outlaw, Nicotine Blues). Les titres de ce Parallelogram s'enchaînent ainsi avec une grande limpidité, même si la reprise de 60/40 de Nico par Steve Gunn se distingue du lot par son aspect new wave du début des années 1980.

Il ne fait pas de doute en tout cas que la réussite est au rendez-vous. Le soin apporté à l'instrumentation donne un sacré charme à la plupart des morceaux, que ce soit par des interventions ponctuelles tout à fait judicieuses (la fonction de choeur du synthétiseur sur Pretty Boy, la nature majestueuse de l'harmonica sur Way Back Then, l'arrivée incisive de la guitare électrique sur Spring Garden) ou par des entremêlements délicats (le banjo et la harpe sur NPR Reject). Reste que le chant constitue l'un des grands atouts des deux musiciens et, à ce titre, on ne peut que s'émerveiller devant la saisissante ponctuation des paroles de Randy Newman par Vile, tout comme devant la voix traînante de Gunn qui reprend parfaitement celle de Nico. S'il ne devait rester qu'un seul titre, il y a de fortes chances que Spring Garden soit l'heureux lauréat, tant son assemblage et son désassemblage instrumental progressif sur dix minutes rend compte de la communion collective du trio que la courte durée des autres propositions ne peut finalement qu'ébaucher dans les grandes lignes.

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Pochette Disque Parallelogram

» Tracklisting

  1. Kurt Vile - Pretty Boy
  2. Kurt Vile - Way Back Then
  3. Kurt Vile - Red Apples For Tom Scharpling
  4. Kurt Vile - NPR Reject
  5. Steve Gunn - 60/40
  6. Steve Gunn - Spring Garden

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