Soldiers Of Fortune

Early Risers

( Mexican Summer ) - 2015

» Chronique

le 11.12.2015 à 00:00 · par Eric F.

S'ils réunissent le gotha d'un rock essentiellement new-yorkais (le groupe compte des membres d'Interpol, Oneida, Endless Boogie et Chavez, mais aussi Spiritualized), les Soldiers Of Fortune ont tout d'un supergroupe plutôt discret, puisque Early Risers n'est que le second album en onze ans d'existence de ce jam band hors norme. A vrai dire, les Soldiers Of Fortune ont tout du groupe miraculé. Entre une volonté de ne jamais rien composer ni enregistrer et la soudaine disparition du membre fondateur Marc Moore (The Ospreys, Cat Power) peu après la naissance du groupe, il est presque surprenant qu'on tienne en Early Risers un tel disque de classic rock, assurément un des meilleurs de cette fin d'année. Car là où le précédent Ball Strenth jouait la carte mastodonte expérimental (quatre titres pour trente huit minutes), Early Risers prend le parti pris de la concision en s'aventurant sur un terrain plus balisé, mais non moins imprévisible. Ce disque restant après tout le fruit d'une session d'enregistrement de huit heures, dont les membres du groupe ont sélectionné les meilleurs moments.

Impressionnants de cohésion dans ce contexte improvisé, les Soldiers Of Fortune alternent savamment leurs attaques, frontales ou plus en retenue. Si l'ossature du groupe est composée de membres de Oneida (l'infatigable Kid Millions en tête), c'est bien la patte de Jesper Eklow (Endless Boogie) qui semble peser le plus. La ressemblance avec son groupe est tellement saisissante sur l'enchainement Pure Shame - Santa Monica - Fatigues qu'on s'attendrait à voir débarquer Paul Major au chant. Ça n'aurait pas été surprenant puisque les Soldiers Of Fortune ont décidé d'offrir le micro à des invités prestigieux sur plusieurs titres. Comme si le casting original ne suffisait donc pas, on retrouve (excusez du peu) Stephen Malkmus, Cass McCombs, Ethan Miller (Comets On Fire) et Dan Melchior.

Loin du simple argument médiatique (on peut déjà déplorer la confidentialité de ce disque), ces collaborations s'avèrent toutes réussies. Ethan Miller se voit offrir un morceau qu'il n'aurait sans doute pas renié chez Comets On Fire. Kid Millions lui tient fièrement tête sur l'imposant Nails. Quant à Stephen Malkmus, il est en très grande forme sur un Campus Swagger qui prouve à quel point l'ancien leader de Pavement vieillit bien. Cabotin en diable, Malkmus fait le show, bien aidé par un groupe à l'enthousiasme communicatif pour qui la science du riff ne semble plus avoir de secret. Il fallait bien l'intervention réussie de Cass McCombs sur l'hypnotisant Old Roman Wall pour se remettre de ces émotions.

On attendra donc la fin de la face a pour déplorer un morceau un peu moins abouti et dispensable (Pure Shame). Ce sera bien vite oublié avec la montée en puissance de Jesper Eklow, encore une fois magistral dans son registre caractéristique. Fatigues, par exemple, pourrait très bien se retrouver entre Creedence Clearwater Revival et les Rolling Stones dans les compilations sur k7 de Jeffrey Lebowski. Les plans bayou rock laissent ensuite place à un Kall Mi Kaos qui se montre beaucoup plus agressif, porté par Matt McCauley. C'est une parfaite rampe de lancement pour Which, qui termine ce Early Risers par un nouveau temps fort. Malgré un étrange reboot sorti de nul part, le morceau ne perd pas un seul instant de son implacable force, point final d'un projet mené comme s'il existait depuis toujours.

Outre ses évidentes qualités intrinsèques, Early Risers impressionne également par sa facilité déconcertante à avoir laissé toute notion d'ego aux vestiaires. S'ils sont un peu revenus sur les principes de leur dogme, les Soldiers Of Fortune donnent à voir une version on ne peut plus saine d'un supergroupe. Porté par une envie évidente de célébrer le rock & roll, chaque membre apporte sa pierre à un édifice rudement solide et fun à la fois. Ça fera à n'en pas douter d'Early Risers un disque idéal pour les barbecues de l'été prochain.

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Pochette Disque Early Risers

» Tracklisting

  1. Nails
  2. Cinnamon Man
  3. Campus Swagger
  4. Old Roman Wall
  5. Dog Tooth Down
  6. Pure Shame
  7. Santa Monica
  8. Fatigues
  9. Kall Mi Kaos
  10. Which

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