Susan Alcorn

Soledad

( Relative Pitch ) - 2015

» Chronique

le 02.11.2015 à 00:00 · par Gaël P.

"A pedal steel koto, a pedal steel gong, a steel guitar made out of brass, a pedal steel gamelan orchestra with each string being a different drum, things like that ". De cette rêverie enthousiaste de Susan Alcorn, confiée à The Quietus, en ressort l'idée que les perspectives créatrices de l'instrument dont elle s'est entichée depuis plus de quinze ans maintenant lui apparaissent propices aux aspirations les plus audacieuses. C'est dire combien sa perception de l'instrument est tout à fait à l'encontre des images qui lui sont familièrement associées, soit celle qui le verrait comme seulement complémentaire dans les musiques country et folk ou celle qui lui fait incarner le visage stéréotypé de la musique hawaïenne. A l'écoute de Soledad, dernier album de l'américaine, résidente de Baltimore, il ne fait pas de doute en tout cas que les plus larges usages de la pedal steel, lui conférant tour à tour la sonorité d'un clavecin, d'une lyre ou encore d'une basse, lui garantissent un tout autre statut.

La multiplicité des sonorités est d'ailleurs d'autant plus grande sur ce nouvel album qu'elle est renforcée par le fait que quatre des cinq morceaux qui le composent sont des reprises de compositions d'Astor Piazolla, célèbre bandéoniste argentin. Loin de reposer uniquement sur son instrument fétiche, les formules de ce novateur du tango, pratiquées dans des ensembles, accordent également beaucoup de place au piano et à certains instruments à cordes. Dès lors, Susan Alcorn restitue à travers ses reprises les effets de plusieurs instruments, ce qui donne une luxuriance et une richesse à ce Soledad tranchant avec la plupart de ses albums précédents, tel And I Await...The Resurrection Of The Pedal Steel Guitar davantage uniforme. A ce titre, la barre en acier pour glisser sur les cordes et le dispositif de pédales permettant de modifier leurs tonalités sont ici maniés avec une grande latitude.

Toute en ruptures et en cassures, alternant les esquisses de drone et les replis mélodiques, la musique déployée à travers ces cinq titres relève d'une réelle complexité, tant et si bien que chaque segment semble recouvrir le précédent et que les motifs principaux ne semblent avoir alors pour finalité que de garder un équilibre (tout relatif) à l'ensemble. L'évitement de repères trop rationnels par ces indéterminations volontaires induit un troublant sentiment d'instabilité dont les lancinances et autres abstractions sont les dignes représentants. Reste que plusieurs passages attractifs, judicieusement placés au cours de la plupart des titres, livrent une formule plus spontanément assimilable et qui de fait accroît sensiblement la fascination exercée par le disque : la mise en forme par paliers d'une ritournelle sur Tristezas De Un Doble A constitue à n'en pas douter le point d'orgue de cet effort. Bien qu'étant un titre original, sur lequel le contrebassiste Michael Formanek accompagne Susan Alcorn, Suite For Ahl synthétise pourtant parfaitement l'expérience de reprises que constitue cet album dans cette façon novatrice de faire interagir phases de rétractation et phases d'ouverture sur des temporalités toujours imprévisibles.

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Pochette Disque Soledad

» Tracklisting

  1. Soledad
  2. Invierno Porteno
  3. Adios Nonino
  4. Suite For Ahl
  5. Tristezas De Un Doble A

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