Simon Joyner

Grass, Branch & Bone

( Woodsist ) - 2015

» Chronique

le 16.07.2015 à 06:00 · par Gaël P.

Parce qu'il est un musicien refusant à tout prix la sclérose, Simon Joyner dispose les éléments d'une manière différente à chaque nouvelle pièce discographique. Cette appétence pour le changement passe principalement par l'absence de préparation avec les collaborateurs, sélectionnés dans son environnement (c'est-à-dire Omaha, Nebraska), en amont de l'enregistrement studio, lequel moment constitue dès lors la phase primordiale de création. La comparaison entre Grass, Branch & Bone, son nouveau disque sorti sur Woodsist Records à la fin du mois de mars, et son prédécesseur Ghosts est à ce titre tout à fait éloquente. Alors que ce dernier album relevait du double LP et générait des titres relativement chargés et une large mixité de genres - donnant par là un ensemble difficilement digeste et fonctionnant davantage en à-coups qu'en une seule traite, Grass, Branch & Bone se limite aux traditionnelles quarante minutes et se situe pleinement dans l'exercice de la composition soignée. Presque la tentation en somme de l'opus à transformer en classique.

Et, en ce sens, inutile de tarder à proclamer que, en matière de songwriter folk, la figure de Joyner dépasse pour l'instant haut la main les musiciens qui s'étaient jusque-là succédés cette année dans ce registre. Il apparaît évident que la trop grande sécheresse teintée de folklore d'Alasdair Roberts (son album éponyme sorti sur Drag City), les débuts au chant encore à l'état d'essai de James Blackshaw (Summoning Suns sur Important Records) ou bien l'entreprise jazz-folk un brin démonstrative de Ryley Walker (Primrose Green sur Dead Oceans) n'auront pas soulevé autant de fascination. C'est en premier lieu l'impressionnante faculté de Joyner à disposer la riche instrumentation - laquelle n'apparaît jamais abondante - tout au long des titres qui crée toute la différence. Ne serait-ce que par une science de la justesse que traduisent les éclairs subtilement dosés de la guitare électrique sur Sonny, les parties de violon relançant sublimement des titres comme You Got Under My Skin ou Jefferson Reed ou encore la parfaite adéquation de la pedal steel et du piano sur Some Fathers Let The Sunset Bring Them To Their Knees.

Bien évidemment, ces qualités sont pleinement en interaction avec le chant de Joyner qui n'avait jusque-là jamais paru aussi juste et émouvant. Alors que sur Out Into The Snow, paru en 2009, le chant paraissait suivre naturellement les mouvements de l'instrumentation luxuriante, ici le dispositif laisse davantage de place à des retraits et des cassures, ce qui demande une certaine souplesse dans le développement des textes. Et à cet exercice, l'Américain excelle véritablement : sans jamais lâcher le fil de ses récits, nourris des significations attribuées aux événements par le passage du temps, le chant parvient à se défaire des obstacles en se rendant aussi bien précieux (les mots soigneusement déposés et les intonations sur Train To Crazy Horse), intimidant (cette façon de passer subitement à un ton grave sur Old Days) que troublant (les plaintes étirées sur le réel tour de force qu'est Nostalgia Blues). A n'en pas douter, ce Grass, Branch & Bone, treizième album tout de même de Simon Joyner, constitue un brillant plaidoyer pour la (re)découverte d'une discographie insuffisamment connue.

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Pochette Disque Grass, Branch & Bone

» Tracklisting

  1. Sonny
  2. Train To Crazy Horse
  3. You Got Under My Skin
  4. Jefferson Reed
  5. Some Fathers Let The Sunset Bring Them To Their Knees
  6. Old Days
  7. I Will Not Be Your Fool (The Muse's Song)
  8. In My Drinking Dream
  9. Nostalgia Blues

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