Sufjan Stevens

Carrie & Lowell

( Asthmatic Kitty ) - 2015

» Chronique

le 10.04.2015 à 06:00 · par Sébastien T.

Sufjan Stevens revient avec un album humble, très personnel et dépouillé de toute orchestration surchargée. Ça change des albums précédents ; l’ensemble respire la sérénité et sonne comme un retour aussi joli que captivant. C’est vrai que nous avions perdu de vue le natif de Detroit depuis un bon moment, dans les colonnes de ce webzine, lassé par des albums interminables et indigestes, oscillants entre prétention (légèrement ?) mégalo (The Age Of Adz, Silver &Gold) et catholicisme ostentatoire (Silver & Gold, Songs For Christmas).

Mais voilà qu’après 15 ans de carrière, Sufjan Stevens décide avec ce Carrie & Lowell de calmer le jeu, de laisser tomber le fatras de synthétiseurs, de stroboscopes, maquillage et autre couvre-chef à plume. Le New-Yorkais d’adoption abandonne les artifices et le grossier bricolage pour se poser un instant et regarder dans le rétroviseur, à l’intérieur duquel son enfance lui est réapparue. Une enfance très pieuse, coincée entre une mère (Carrie) à la vie chaotique, un beau-père (Lowell) qui tentait de colmater les brèches et la musique pour seule bouée de sauvetage. Pourtant aucune rancœur ni colère ne ressortent de cet album. Seuls la bienveillance et un doux regard nostalgique sont portés sur cette période, ainsi que sur les onze compositions de ce nouveau disque fragile et beau. Même si les thématiques abordées dans les textes de l’Américain ne changent pas beaucoup par rapport aux disques précédents (la famille, la foi), celles-ci sont abordées de manière beaucoup plus précises et plus intimes. Et si on ajoute à cela des mélodies splendides servies par des arrangements dépouillés au maximum (guitare/voix), on obtient un disque simple, émouvant et lumineux. Une façon de (re)découvrir le talent de songwriter de Sufjan Stevens, quelque peu perdu de vue depuis Seven Swans. Point de révolution musicale avec Carrie & Lowell. Les mêmes recettes qui font la marque Stevens sont utilisées, mais cette fois avec une délicatesse et une sincérité à toute épreuve ; elles lui vont à ravir.

Souvent considéré au travers de ses albums comme le témoin privilégié d’une certaine Amérique puritaine, il est bon de noter que malheureusement, ce type d’enfance vécue peut ressembler à des milliers d’autres à travers le monde et confère plutôt à la banalité. Tout l’intérêt du disque réside plutôt dans le fait que Sufjan Stevens se soit enfin décidé à abandonner les artifices, pour partager humblement son histoire avec ses auditeurs, par le biais d’un disque aussi bouleversant que gracieux. Le genre de disque qui flottera dans le temps éternellement.

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Pochette Disque Carrie & Lowell

» Tracklisting

  1. Death with Dignity
  2. Should Have Known Better
  3. All of Me Wants All of You
  4. Drawn to the Blood
  5. Eugene
  6. Fourth of July
  7. The Only Thing
  8. Carrie & Lowell
  9. John My Beloved
  10. No Shade in the Shadow of The Cross
  11. Blue Bucket of Gold

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