Lee Ranaldo & The Dust

Last Night On Earth

( Matador ) - 2013

» Chronique

le 18.01.2014 à 06:00 · par Eric F.

Ça ne sera pas faire injure au très bon Between The Times & The Tides d'affirmer que Last Night On Earth est exactement le disque qu'on attendait de la part de Lee Ranaldo. Accompagné par un line-up quasiment inchangé depuis ses débuts il y a deux ans (Tim Lüntzel remplaçant Irwin Menken à la basse) et désormais baptisé The Dust, le new-yorkais livre ici un album gorgé d'un psychédélisme qui nous rappelle qu'il fût un fan invétéré du Grateful Dead avant de fournir ses premières armes avec Glenn Branca et Sonic Youth.

Si Lecce, Leaving assure une transition parfaite entre les deux disques par son imparable qualité pop (et une wah-wah qui vient défier J. Mascis) on comprend rapidement que ce Last Night On Earth respirera beaucoup plus que son prédécesseur : Key_Hole et Home Chds prouvent à quel point les tempos posés ont gagné en efficacité, sans pour autant sacrifier à la concision. Sans avoir trop eu à bander ses muscles, Lee Ranaldo & The Dust se paye une entrée en matière inattaquable. Tout cela n'est pourtant qu'une mise en bouche pour le pharaonique The Rising Tide et ses neuf minutes tentaculaires qui nous feraient croire que Lee Ranaldo et Alan Licht jouent dans le même groupe depuis des siècles. Basé sur des souvenirs d'adolescence que Ranaldo semble se délecter à détailler sur scène, The Rising Tide est une montagne russe ascensionnelle qui zigzague dans tous les sens. Il n'aura pas fallu l'écoute d'une impressionnante version démo de 25 minutes (!) pour faire le rapprochement avec The Diamond Sea... et comprendre qu'on tient déjà une sacrée pépite, à peine la moitié du disque parcourue.

Beaucoup plus à l'aise avec son nouveau rôle de leader, Lee Ranaldo s'est également ouvert quelques nouvelles portes à l'image d'un Late Descent #2 et son clavecin baroque qui a l'intelligence d'intégrer The Dust à l'option acoustique. Last Night On Earth gagne ainsi en cohérence en évitant une séparation stérile entre guitares soniques et folk solitaire. Ceux qui croyaient encore que l'ancien Sonic Youth nous offrirait un condensé de ses morceaux disséminés dans la discographie du groupe new-yorkais en seront pour leur frais. Avouons qu'il aurait été bien dommage d'être privé d'une telle démonstration de songwriting qui marque très fortement son évolution (maturité, sagesse, mais grain de folie toujours présent). Ça n'est d'ailleurs pas un hasard si Ranaldo cite aussi souvent The Byrds, Neil Young et le Grateful Dead dans ses interviews lorsqu'il évoque Last Night On Earth, tant il est à l'opposé des "albums pour iPod" qui pullulent (un début, un milieu, une fin, tous interchangeables).

Comme s'il s'était senti pousser des ailes, le quatuor termine en trombe avec un Ambulancer mariant guitares carillonnantes et accélérations musclées (il semblerait qu' All Along The Watchtower doive être évoqué à chaque album après Fire Island (Phases) sur BTT&TT), mais surtout un Blackt Out impressionnant en guise de conclusion, comme un pendant punk à The Rising Tide. En complète roue libre, The Dust alterne spasmes électrifiés "Freakt Out" et sucreries dans un labyrinthe qu'on quittera forcément à regret. A l'image de ce disque à la maîtrise totale et porté par un groupe au diapason (oui, il faut encore et toujours souligner combien compter Steve Shelley dans ses rangs est un précieux atout). L'enthousiasme affiché par Ranaldo pour défendre ces morceaux sur scène confirme bel et bien à quel point sa forme actuelle est éclatante. Pour peu qu'il continue sur sa lancée, on ne verrait pas d'un mauvais œil que Sonic Youth doive encore attendre quelques années avant de remonter sur le devant de la scène...

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Pochette Disque Last Night On Earth

» Tracklisting

  1. Lecce, Leaving
  2. Key_Hole
  3. Home Chds
  4. The Rising Tide
  5. Last Night On Earth
  6. By The Window
  7. Late Descent #2
  8. Ambulancer
  9. Blackt Out

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