Colin Stetson

New History Warfare Vol. 3: to See More Light

( Constellation ) - 2013

» Chronique

le 24.06.2013 à 06:00 · par Sébastien T.

Sorti il y a quelques mois, le nouvel effort de Colin Stetson, New History Warfare Vol. 3 : To See More Light, dévaste tout sur son passage : puissant, sombre, vertigineux, les adjectifs ne manquent pas pour décrire cette musique expiée depuis les entrailles de son auteur, érudit virtuose de l’improvisation sur instruments cuivrés.

Est-ce un ou plusieurs violons qui nous accueillent sur And In Truth, introduction lumineuse chantée par Bon Iver, compagnon de route de Colin Stetson depuis deux ans ? La réponse à cette question ne tarde pas à venir même si on se fait facilement berner sur les premières secondes. Point de violon ici mais plutôt un seul instrument à vent : le saxophone basse.

Ce mastodonte, délaissé à cause notamment de ses dimensions encombrantes et du son particulièrement grave qu’il produit, semble être devenu le meilleur ami de l’américain. Avec le second morceau Hunted, on est littéralement happé par une matière sonore en mouvement constant dans laquelle se mêlent le souffle, la voix, la sueur et une respiration traduisant l’effort physique que requiert la maîtrise d’un tel instrument. Les poils se dressent le long de la colonne vertébrale tandis que High Above A Grey Green Sea convie le fantôme d’une voix à la Thom Yorke actuellement occupé à jouer au DJ. Sur Brute, la violence se traduit par des coups portés à même le saxophone, un chant hardcore emprunté au monde du métal et un souffle d’une puissance inouïe. La sérénité et la grâce reviendront avec Among The Sef. En utilisant son instrument d’une manière unique, Colin Stetson est capable d’exprimer aussi bien le chaos que la douceur, avec une élégance mélodique toute personnelle. Il souffle le chaud et le froid, tel un volcan perdu au milieu de glaciers enneigés. Nul besoin de continuer à décrire chaque morceau : cet album est époustouflant de maîtrise, de cohérence, de créativité et cela du début à la fin.

Il faut lire les mentions intérieures de la pochette du disque pour obtenir la confirmation absolue que le disciple de l’écurie Constellation n’utilise aucun effet de type "looper" ou autres pédales transformant les sons. Les morceaux sont exécutés uniquement avec le saxophone et une armada de micros, en une seule prise. Chaque titre joué est une performance, voire un tour de force à l’instar de l'épique To See More Light, dépassant le quart d'heure. Le corps de Stetson est le prolongement de l’instrument et la caisse qui fait résonner ce magma sonore. L’américain utilise la technique de la respiration circulaire ce qui lui permet de contrôler son souffle pour utiliser ses cordes vocales tout en continuant à se servir de l’air encore présent dans le saxophone pour jouer. Cette technique sert l’ambiance mystique qui règne tout le long de ce disque aussi expérimental qu’accessible.

Avec cet album, Colin Stetson survole tous les genres musicaux : de l’indus en passant par le jazz, le métal, la pop ou le classique, il a digéré les codes établis pour mieux en briser les barrières et inventer ainsi, avec ses tripes, une musique organique, riche et nouvelle, explorant des territoires inconnus. Même si ceux-ci peuvent parfois se révéler inquiétants, la lumière parvient toujours à percer, comme sur la pochette du disque. Encore un chef d’œuvre de plus au compteur pour le label Constellation, que l’on ne présente plus désormais.

Plus d'informations juste ici... En live pour la Blogothèque

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Pochette Disque New History Warfare Vol. 3: to See More Light

» Tracklisting

  1. And In Truth
  2. Hunted
  3. High Above A Grey Green Sea
  4. In Mirrors
  5. Brute
  6. Among The Sef
  7. Who The Waves Are Roaring For
  8. To See More Light
  9. What Are They Doing In Heaven Tonight ?
  10. This Bed Of Shattered Bone
  11. Part Of Me Appart From You

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