The Knife

Shaking the habitual

( Rabid Records / Pias ) - 2013

» Chronique

le 19.06.2013 à 06:00 · par Pablo S.

Plus que la description du nouveau phénomène twitter-lesinrocks-pitchfork du moment, The Knife impose depuis 2007 une vision élitiste et singulière du métier d’artiste à l’ère du web 3.0, par un savant mélange d’arrogance et d’autisme créatif, pour une musique réellement passionnante.

Entre les tweets blasés des twittos parisiens pour le concert/happening du 5 mai à la Cité de la Musique (la musique fut jouée sans musiciens sur scène, et une autre photo postée révélait que les membres du groupe s’étaient posés à la console, dans la salle) et les interviews à visages masqués des deux membres du groupe, on en revient à considérer la musique uniquement, sans doute ce que souhaite The Knife.

Shaking the Habitual est dense, et il a fallu des heures d’écoutes obsédantes pour délayer les ressentis, les idées connexes d’un tel marasme sonore. Les rythmes et les sonorités foisonnent, il m’a fallu filtrer et passer au tamis des heures cumulées d’écoutes. Hé oui, c’est un métier.

La musique de The Knife est un mélange organique où la fratrie iconoclaste qui la compose exprime un consensus de sons, d’ambiances et de mysticismes païens. Les sons chantants, des voix en majeure partie tordues, retournées, enroulées autour d’une sarabande souvent spectrale, des ambiances morbides, sombres, délétères.

Ce qui apporte de la couleur est ce qui ressemble le plus à des chants tribaux, empruntés aux sonorités du folklore africain ou asiatique, des mélopées tribales envahissantes, ces sons aux couleurs vives et chatoyantes, des racines imaginaires pour ces deux apatrides et infatigables voyageurs.

A Tooth for an Eye, le morceau sorti en single par exemple pose d’emblée le ton général et la ligne suivie pour cette sortie : un beat erratique, des voix sauvages et une tension très prenante.

De la tension pour l’attention, il en faut, sur des pièces de 10 à 20 minutes, tenir en éveil, délier et développer un beat, une mélodie et on se retrouve souvent emporté dans des flots de pensées connexes, de la rêverie pure, des sentiments mixtes. Les couleurs sont souvent changeantes d’une atmosphère à l’autre, du jaune aveuglant au bleu le plus profond, des changement de contraste très crus.

Un morceau comme Old Dreams Waiting to Be Realized dure près de 20 minutes, et semble être assorti à une rêverie très étrange, une bande-son parfaite pour un songe en apnée dans l’horreur d’un cauchemar. Les glitch sonores sont souvent utilisés, posés sur de longues plages de synthés consensuelles, et constituent certainement un moyen d’expression plus pertinent que tout autre, gimmicks de l’étrangeté toujours renouvelée de cette musique de genre(s).

Networking illustre différemment ce propos, où l’on embarque dans un long tunnel de datas, des voix étirées sur un trajet à la destination incertaine, au beat rapide et svelte. Et l’on se prend à rêver qu’il y ait plus de productions de ce genre, audacieuses mais tout en maîtrise. Quoiqu’ils produisent, The Knife ne se rate pas : je n’ai trouvé aucun morceau pâle ou fade, on les mange tous d’un trait.

La rage et la puissance agressive de Full of Fire frappe sans conteste l’auditeur et une fine effluve charnelle s’en échappe, cette odeur caractéristique du sexe sauvage, animal qui nous pousse en avant, nous, primates.

Ma seule conclusion peut paraître prétentieuse, mais il me semble que The Knife vient de reprogrammer l’electro contemporaine pour la prochaine décennie.

Quelques morceaux en écoute, sur leur site officiel.

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Pochette Disque Shaking the habitual

» Tracklisting

  1. A Tooth for an Eye
  2. Full of Fire
  3. A Cherry on Top
  4. Without You My Life Would Be Boring
  5. Wrap Your Arms Around Me
  6. Crake
  7. Old Dreams Waiting to Be Realized
  8. Raging Lung
  9. Networking
  10. Oryx
  11. Stay Out Here
  12. Fracking Fluid Injection

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