Ill Professor

Wire & Air

( Constellation Tatsu ) - 2013

» Chronique

le 08.05.2013 à 06:00 · par Gaël P.

Objet inclassable que cet album en solitaire de Brian Harding, bassiste dans le précieux groupe de Chicago Zelienople, qui, avec ses huit titres et en pas moins de trente minutes, développe un équilibre étonnant de divers héritages musicaux (la musique électronique, l'ambient, le drone) dans une atmosphère sourdement sombre. Que la basse gronde sagement quelques notes, que le saxophone expulse des plaintes ou bien que l'environnement électronique et le piano élaborent des structures hypnotiques, la musique de ce Wire & Air est semblable à un mouvement cyclique, par moments quasi mathématique, de dialogue entre les instruments.

L'enregistrement des différentes lignes d'instruments s'étant fait en de nombreux temps, l'oreille est en outre sans cesse sollicitée dans ce curieux balai de sonorités et rend ainsi la musique difficilement descriptible. Loin de toute présence humaine (la seule trace audible qu'on en ait se résumant au souffle du musicien dans son saxophone et à des voix lointaines d'enfants), la musique, réfutant tout motif mélodique distinctif, semble ici davantage un flot de sentiments indicibles, ce qui correspondrait, sous une forme bien moins lyrique, aux paysages ombragés élaborés par Richard Skelton. Une attitude qui culmine et obtient toutes les faveurs avec les magnifiques Saturday End Of September et The Five Tones Deafen, exemplaires en tout point de ce refus du débordement.

Par cette activité de multi-instrumentiste à la créativité florissante - posture qui n'est pas sans faire songer à celle, dans un style bien différent, d'Emil Amos, batteur de Om, avec son side project Holy Sons -, Brian Harding donne en fin de compte à repenser sa place au sein de Zelienople, notamment en raison des similitudes sonores (en particulier sur Slate Line) de cet album avec The World Is A House On Fire paru chez Type l'année dernière. Alors que le nom du groupe de Chicago était lié systématiquement à Matt Christensen, particulièrement en raison de son jeu de guitare et de sa voix admirablement éthérée, ou à Mike Weis, en raison de ses collaborations avec Scott Tuma, Wire & Air parvient à équilibrer les registres de potentialité du trio en faisant de Harding l'équivalent d'un véritable paysagiste en chef de la matière sonore.

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Pochette Disque Wire & Air

» Tracklisting

  1. Wire & Air
  2. The Bird & The Moon
  3. Slate Line
  4. Lapsed Time
  5. Saturday End Of September
  6. The Jellyfish, The Whale & Me
  7. Sun Rise & Set
  8. The Five Tones Deafen

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