The Drones

I See Seaweed

( ATP ) - 2013

» Chronique

le 04.03.2013 à 06:00 · par Eric F.

Si le dernier album des Drones date désormais de cinq ans, ça n'est pas pour autant que le groupe est resté les bras croisés. Entre un ep live, un album avec Spencer P. Jones et l'aventure solo assez intense de Gareth Liddiard, les australiens n'ont pas vraiment délaissé le devant de la scène. A l'heure où le groupe vient d'avoir sa propre programmation pour la version australienne du festival All Tomorrow's Parties (avec un line-up quelque peu différent de celui annoncé ici), I See Seaweed allait-il refléter les récentes déclarations de Liddiard annonçant sa fatigue du "format rock"?

Premier élément de réponse, l'ouverture I See Seaweed ne laisse pas beaucoup de doutes quant à sa provenance. Les accords malades et triturés par le vibrato de Liddiard sont mis en valeur par le piano inquiétant de Steve Hesketh, déjà présent sur plusieurs albums et désormais membre officiel du groupe. Avançant sournoisement dans sa chanson, le groupe lance quelques feux avant son explosion dans un final dantesque. Bien qu' I See Seaweed n'ait pas grand chose d'une chanson immédiate, elle n'en mérite pas moins sa place aux côtés de mastodontes comme Shark Fin Blues ou Jezebel.

Plutôt que d'insister sur leur puissance de feu retrouvée, les Drones profitent de leur nouveau membre pour ouvrir une voie un peu moins agressive, presque pop (le réussi How To See Through Fog) où les envolées électriques arrivent parfaitement à se fondre sur des constructions un peu fragiles et habitées (They'll Kill You, The Grey Leader). Bien que les guitares acoustiques soient restées au placard cette fois-ci, on sent bien l'importance qu'a eu l'écriture du Strange Tourist de Gareth Liddiard sur ces nouvelles compositions. Refusant de s'immerger dans une direction trop franche (le jouissif A Moat You Can Stand In mis à part), les Drones tentent de pimenter leur arsenal de nouveautés.

Certaines sont brillantes, comme avoir réussi à convaincre Fiona Kitschin de prendre plus de présence au chant. La bassiste illumine la montée inexorable de Nine Eyes et rend un peu moins anxiogène le défoulement rageur d'un Liddiard plus acerbe que jamais ("What kind of asshole drives this lime green Commodore?"). On regrettera peut-être un peu plus certaines décisions, comme celle d'aller se perdre du côté... de l'opéra, le temps d'un Laïka - évoquant une domination très militaire des élites dirigeantes - pour le moins habité.

Décidé à n'en faire qu'à sa tête, le groupe nous surprend une nouvelle fois sur le Why Write A Letter That You'll Never Send de conclusion. Nouvelle occasion de briller pour Kitschin aux chœurs pendant que Liddiard déverse une nouvelle fois sa bile sur à peu près tout ce qui bouge (d'un pape nazi aux stars qui adoptent en Afrique), au long d'une diatribe agitée qui se fond dans une paisible conclusion a cappella. Le morceau montre à merveille à quel point les Drones, longtemps réputés pour leur puissance sonore, parviennent désormais à maîtriser les nuances, comme si le groupe avait trouvé le parfait compromis entre l'ambiance âpre de Wait Long By The River And The Bodies Of Your Enemies Will Float By et la retenue de Gala Mill.

Disque peu évident aux premiers abords (cette chronique n'évoque que la partie visible de l'iceberg), I See Seaweed s'impose finalement au fil des écoutes et se place auprès des autres réussites que composent la discographie du groupe de Melbourne. Celui-ci a réussi à accueillir son nouveau membre de fort belle manière, tout en confirmant un peu plus son statut du plus fascinant des représentants du rock australien.

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Pochette Disque I See Seaweed

» Tracklisting

  1. I See Seaweed
  2. How To See Through Fog
  3. They'll Kill You
  4. A Moat You Can Stand In
  5. Nine Eyes
  6. The Grey Leader
  7. Laïka
  8. Why Write A Letter That You'll Never Send

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