MV & EE (Matt Valentine & Erika Elder)

Zebulon Residency

( Child of Microtones ) - 2012

» Chronique

le 13.03.2013 à 06:00 · par Gaël P.

Alors que le nouvel album de Matt Valentine et Erika Elder, Fuzzweed, vient tout juste de paraître sur Three Lobed Recordings, il convient avant toute chose de digérer le coffret de sept disques portant témoignage des concerts effectués par le couple lors d'une résidence au Zebulon à Brooklyn dans le quartier de Williamsburg. En janvier de l'année dernière, ils étaient trois week-ends d'affilée dans ce lieu musical emblématique pour alterner sets acoustiques et sets électriques aux côtés de musiciens qui ont pour habitude de les accompagner sur disque ou sur scène (Willie Lane, Steve Gunn, Roongoose, Herbcraft, Jarvis Taveniere, Jeremy Earl, Smokehound et P. G. Six). Pour qui voudra avoir une image des plus fidèles du groupe, ce coffret est tout désigné, tant il permet à la fois d'entendre le groupe dans ses dérives planantes, de l'observer dans une posture proche du minimalisme, comme d'apprécier ses brûlots noises et sauvages. Le répertoire est dans l'ensemble constitué de compositions entendues sur la plupart des albums parus depuis Green Blues (2006), en dehors de celles de Space Homestead élaborées quelques mois après ces enregistrements lives.

DISQUE 1. Un premier disque qui met en lumière le caractère le plus posé des compositions de mv & ee, en faisant bien entendu la part belle à la fameuse guitare lap steel d'Erika Elder qui donne irrémédiablement un caractère country à l'ensemble. Il n'y qu'à écouter The Hungry Stones, le tout premier morceau de ces concerts, pour comprendre tout le charme dégagé par le groupe, que ce soit à travers la coordination vocale ou les effets mélancoliques de la lap steel et de l'harmonica. Une même impression ressentie en fait sur tout le disque par une succession de compositions tout aussi apaisées et qui s'articulent symétriquement autour des dix minutes de Country Fried, morceau représentatif des longs étirements dont est capable le duo et du surgissement de l'électrique en fin de partie.

DISQUE 2. Le seul morceau qui compose le second disque live de cette résidence désigne l'intérêt du groupe pour la musique spirituelle, en l’occurrence ici le râga, genre mélodique que l'on avait également entendu lors de la dernière date du groupe à Paris en mode "Home Comfort Sound System" (installations visuelles et diapositives). Ce morceau est d'ailleurs repris sur le nouvel album avec Mick Flower officiant au shahi baaja, instrument indien appartenant à la famille des cithares. Dans le cadre du Zebulon, le mouvement ascendant, de plus en plus stratifié et amplifié de la structure, renforcé par le jeu de Steve Gunn à la guitare, fait se transformer la composition en un véritable éclat d'intensité qui requiert, au fur et à mesure, tout l'espace de son exécution. Un bouleversement des sens en trente minutes.

DISQUE 3. Un disque plus difficile d'approche qui requiert de la part de l'auditeur un peu plus d'attention, notamment en raison de ses deux premiers titres, Cold Rain et Tea Devil dont le lent et long développement n'est pas assimilable au premier abord. Une version de Tea Devil qui fait étonnement songer à Earth par la sonorité de la guitare et ses notes minutieusement soupesées, et qui est une bonne transition vers le rugueux et brillamment interprété Hammer de Gettin' Gone. Une tonalité sombre dont on ressort peu à peu vers la fin du disque en raison d'un Speed Queen plus engageant mais, surtout, grâce à Shining Star, reprise du Jerry Garcia Band, merveilleusement inspirée, par laquelle le couple renoue avec les effets si délicats du premier disque sans oublier de séduire par une ornementation électrique de grande classe. Cette reprise est vraiment l'une des révélations de ce coffret.

DISQUE 4. Un second week-end au Zebulon qui débute par un set acoustique mais qui, au contraire du set du premier disque, peine véritablement à séduire. Une bonne partie des compositions semblent exécutées sans beaucoup d'âme et tournent, par conséquent, comme au ralenti. Un caractère pesant et sensiblement minimaliste (ambient même lors, par exemple, des boucles électroniques sur la toute fin de Crow Jane > Crow Jane Environs) qui confirme l'idée que le couple est bien plus talentueux lorsqu'il magnifie sa musique. Grâce à une meilleure alchimie, Crash Space > Crash Palace et Home Comfort suscitent bien plus d'intérêt chez l'auditeur, mais ne parviennent pas à sauver l'ensemble du set.

DISQUE 5. La suite de la soirée est l'exact opposé du set précédent en raison de la brillante interprétation de tous les titres. Toute la richesse de jeu du collectif est perçue lors d'une nouvelle version de Tea Devil tout en douceur qui saisit par une partie de batterie entraînante (que l'on doit à Smokehound) et l'ajout d'éléments électroniques donnant un aspect psychédélique au morceau. Une inventivité que l'on retrouve également sur des "classiques" comme East Mountain Joint ou Canned Happiness : le premier morceau parvient, après ses joyeux chœurs du début, à s'emballer en jam, à qui les digressions ne font pas peur ; quand au second, il nous livre le morceau le plus noise du coffret avec un son de guitare dévastateur. Ce disque illustre bien aussi la tentation de l'étirement offert par les conditions live avec la magnifique reprise de Fire On The Mountain de Grateful Dead sur plus de quinze minutes, ce qui donne une exploration et une dérive sonore particulièrement hypnotique que leurs aînés californiens aimaient également expérimenter sur scène.

DISQUE 6. Introduit avec une sorte de blues cosmique grave et lent par Twitchin' et qui se poursuit, l'électrique en plus, sur No There There, cette dernière soirée de la résidence se confond sur ses débuts avec les orientations prises sur le troisième disque. Une plus grande émotion apparaît avec Drone Trailer sur lequel Erika Elder montre bien toute la portée de son talent, que ce soit à nouveau avec les effets de sa lap steel et son chant qui apportent tous deux beaucoup au motif mélodique. Willie Lane, grand habitué de l'accompagnement du couple sur disque, élabore intelligemment, avec sa guitare électrique, un écrin aux compositions, sans jamais toutefois outrepasser son rôle. La formation se complète sur les deux derniers morceaux avec une section rythmique (basse et batterie) composé de deux membres de Woods, Jarvis Taveniere et Jeremy Earl, ce dernier ayant par ailleurs sorti l'avant-dernier album de mv & ee sur son label Woodsist Records. Désignant une pratique privilégiée lors de cette résidence, à savoir la poursuite du morceau en jam, leur intégration sur Grassthighs se fait en cours de route juste après un passage psychédélique (avec Matt Valentine au tabla, instrument de percussion indien) qui sert de transition. Cette manière d'étendre les compositions, de leur trouver un nouvel élan par l'ajout d'un nouvel instrument ou par le solo d'un des membres, est brillamment illustré sur ce Grassthighs, à coup sûr l'un des moments les plus marquants de cette résidence.

DISQUE 7. Finir en beauté, tel semble être le credo de ce dernier set au Zebulon. Une ambition à laquelle n'est pas étrangère la présence de Patrick Gubler (P.G. Six) - aux côtés des six autres musiciens - qui vient ajouter une ligne supplémentaire de guitare. Ce qui donne des versions tout à fait novatrices de certaines compositions déjà jouées lors de la résidence. La nouvelle mouture de Tea Devil est ici traversée d'effets très divers de guitare (wah-wah, saturations, etc) qui lui donne un riche caractère d'expérimentation. En plus de cette densification portant les morceaux à un haut niveau d'exigence, l'élargissement du collectif sur ce septième disque n'est pas sans créer une dynamique scénique encore plus imposante comme l'illustre à merveille Get Right Church, marqué d'une certaine désinhibition, mais surtout Fire On The Mountain, décidément merveilleusement assimilé par le couple et qui donne un final intense et épique à cette aventure de trois semaines. Histoire d'avoir une pensée pour celui à qui ils doivent beaucoup et qui représente bien justement ces constants allers-retours entre acoustique et électrique, Matt Valentine et Erika Elder se lance par ailleurs dans une belle reprise de Powderfinger de Neil Young au milieu de ce set avec Erika au chant et ses partenaires masculins aux chœurs.

Au-delà des aficionados de mv & ee, un coffret désormais indispensable pour tous les amateurs de folk-rock et de psychédélisme, sorte de pierre de touche de la scène musicale contemporaine issue du nord-est des États-Unis.

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Pochette Disque The Zebulon

» Tracklisting

Disque 1

Center Of The World

  1. Intro Rap
  2. The Hungry Stones
  3. Huna Cosm
  4. Smokehound Gravy Train Rap
  5. Country Fried
  6. Roongose Low End Theory Rap
  7. The Burden
  8. Crash Palace Of Records
  9. Flow My Ray

Disque 2

See Ya

  1. Environments

Disque 3

Quahog Panna Cotta

  1. Cold Rain
  2. Brattleboro Scores Rap
  3. Tea Devil
  4. Lomax, Jigs, Houston & Tumbleweeds Rap
  5. Hammer
  6. Space Blues
  7. Speed Queen
  8. Hungry Man Puddin' Up The Clam Rap
  9. Shining Star

Disque 4

Badonkadonk Moon (Budokan Wannabe)

  1. Crash Space > Crash Palace
  2. Goldfinch Chub Rap
  3. Twitchin'
  4. Crow Jane > Crow Jane Environs>
  5. Home Confort
  6. Don Of High Lodge/ Band Intro Rap
  7. Feelin' Fine

Disque 5

Skullbong / Pudding Tone

  1. Welcome Back Introduction/Babies T-shirt Rap
  2. East Mountain Joint
  3. Fried Fuck Cliquot, Cava & McNeills Pudding Rap
  4. Canned Happiness
  5. Slow It Down Rap > Dub
  6. Tea Devil>
  7. Fire On The Mountain>
  8. Get Right Church

Disque 6

Dr Z. (Or How I Kicked Back With A Bomber)

  1. Twitchin'
  2. No There There > Jam >
  3. Drone Trailer
  4. Proustian Babble / Willie Introduction
  5. Grassthighs > East/West Jam >
  6. Feelin' Fine

Disque 7

Nu-Grape Septuplet

  1. Canned Happiness
  2. Stigmata Rent Rap
  3. Speed Queen
  4. Warm Shout-outs & The Call Rap
  5. Tea Devil > Tea Jam >
  6. Powderfinger
  7. Vida Into Rap
  8. Get Right Church
  9. W.A.I. / Much Obliged Zeb Rap
  10. Fire On The Mountain

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