Tape Cuts Tape

Black Mold

( Heaven Hotel ) - 2013

» Chronique

le 20.02.2013 à 06:00 · par Sébastien D.

Deuxième album pour Tape Cuts Tape, l'un des multiples nouveaux projets de Rudy Trouvé (dEUS, Kiss My Jazz, Dead Man Ray et tellement d'autres). Accompagné ici par deux musiciens de la scène jazz belge, la chanteuse Lynn Cassiers (Basic Borg, Lidlboj…) et le percussionniste Eric Thielemans (Lidlboj, EARR…). Deuxième album deux ans après Pagan Recorder, qui avait eu alors l'effet d'un souffle chaud sur mon corps, du crâne jusqu'aux orteils, plongé dans le froid continental des matins d'hiver. Si l'on se fie à mon thermomètre interne, l'hiver solidement installé est donc à nouveau la meilleure saison pour recevoir ce deuxième album de Tape Cuts Tape. Il faut dire que c’est une histoire un peu à part que j’ai nouée avec les travaux de Rudy Trouvé depuis presque vingt ans maintenant, suivant passionnément toutes ses expérimentations, essayant même de le voir régulièrement en concert (très rares sont ses concerts sur le sol français !). Sa voix fragile, ses mélodies bricolées touchent toujours juste et profond. Et il est toujours magnifiquement accompagné par des musiciens touche à tout, aventuriers. Ici la voix de Cassiers, parfois déstructurée (Sludge), parfois purement mélodique (Deep Garden), et le jeu de Thielemans, tellement en nuances, apportent tantôt le contrepoint parfait, tantôt la réponse en écho.

Le morceau d'ouverture de treize minutes est une longue divagation, suivant les méandres d'un fleuve très capricieux où les voix de Trouvé et de Cassiers se répondent en murmures donnant une teinte bleu vert à l'eau, renforcée par des effets électroniques en apesanteur. On croirait parfois entendre la voix de la regrettée Trish Keenan et la musique vaporeuse de Broadcast, dont on perçoit le fantôme encore plus nettement sur Deep Garden, notamment au cœur du morceau où l'électro prend le pas sur la guitare et où la voix de Lynn Cassiers se fait doucement caressante. Sludge et Rundfunk rompent avec cette atmosphère en plongeant l'album dans une urbanité sale et bruyante : le premier dans une version noire, répétitive, fortement chargée en plomb, le second dans un élan presque dansant, voire tribal et presque instrumental, seulement ponctué par les encouragements de Lynn Cassiers. La voix de Rudy Trouvé, entraperçue sur Black Mold, on l'aura perdu d'oreille jusqu'à ce Loose Thought, où, là, elle donne le ton, pleinement maître des lieux, alliée de cette guitare follement libérée. Deux intermèdes instrumentaux, Metal Air et Objects on strings, nous rappellent que cette musique n'est pas qu'une affaire de voix, mais est avant tout un territoire d'expériences, un jeu dans lequel Rudy Trouvé et tous ceux qui l'entourent et l'accompagnent depuis tant d'années ont toujours voulu casser les règles et repousser les frontières.

Avec cet album, pas de souffle chaud sur mon corps, mais peut-être que deux ans plus tard, ce n'était plus ce à quoi il aspirait. Cette fois, je ne suis en réalité jamais sorti de ce disque, totalement insensible au froid sous cette carapace, happé par cette musique toujours en construction. J'y attends paisiblement la fin de l'hiver, mes mains venant se frapper mécaniquement entre elles, battant négativement le rythme, comme sur Moon Over Beach...

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Pochette Disque Black Mold

» Tracklisting

  1. Black Mold
  2. Metal Air
  3. Deep Garden
  4. Sludge
  5. Objects on Strings
  6. Rundfunk
  7. Loose Thought
  8. Moon over Beach

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