My Bloody Valentine

MBV

( Autoproduit ) - 2013

» Chronique

le 08.02.2013 à 06:00 · par Pablo S.

22 ans à s’occuper la tête à autre chose, à voir naître des êtres, les voir sortir diplômés des écoles de commerce sans même savoir qui est Kevin Shields.

Lors des interminables discussions au sujet des illustres serpents de mer entre amis amoureux de musique, souvent revenait le cas de ce groupe, My Bloody Valentine, fulgurance de la défunte noisy-pop, émergé sur les scènes indés avec un son nouveau, énergique et sophistiqué. Des premières démos à Loveless, on observe un précipice monstrueux, un gouffre comblé uniquement par une créativité unique. Kevin Shields se serait-il trouvé à la croisée des chemins un soir, et aurait-il fait une rencontre qui aurait changé le court du destin de sa formation ?

Il aura fallu attendre la reformation improbable du groupe en 2008, pour qu’il soit enfin question de sortir le successeur de Loveless, pavé mythique jeté dans la mare du shoegazing d’alors : Loveless pour beaucoup d’esthètes rock s’est placé d’emblée en orbite, au-dessus et loin, hors de tous champs de recherche, inspirant de nombreux groupes et des ambitions - avant de passer 4h à frapper la touche F5 du clavier pour télécharger MBV, j’écoutais encore le dernier Beach Fossils, shoegaze racé de salon, déifié direct et confiné au panthéon des “disques parfaits”.

MBV a été dévoilé le 2 février au matin, décourageant les plus téméraires jusqu’à la déconnexion, la faute à l’attente et l’angoisse accumulées durant les ans. Et puis tout est oublié aux premières notes de she found now, limpide chant de Kevin Shields : la saturation est rassurante, la mélodie évasive, les paroles fondues dans la masse. L’ouverture fait le pont sur ces 22 ans d’errements, à faire des prises erratiques, à renouveler le son de la franchise laissée en jachère. Et la magie fait son effet, les boucles de notes, reconnaissables entre mille, séduisent.

Only tomorrow, balade nonchalante avec son solo en équilibre (comme la plupart des parties solos qui n’obéissent à aucune des règles de maîtrise de l’instrument en vigueur) assure une transition en douceur vers la partie la plus charnelle de l’album : who sees you, renouveau étiré d’une rêverie en apesanteur. Et toujours cette sophistication du son, les compressions affinées, la saturation comme un voile, les arrangements en métriques impaires. Oscillation entre fragilité et violence, l’aiguille se fige sur la fin abrupte du morceau, du grand art.

Is this and yes est le tournant, une pause et un rappel à la manière de touched dans Loveless, on s’attend à une irruption soudaine de sons équivoques, un lâché insalubre de glitchs, et oui, MBV est souvent disruptif.

If I am enroule de loops d’effets autour de la voix de Bilinda Butcher, et multipliée elle devient un instrument, un loop d’elle-même, une parfaite mise en abîme.

New you m’a fait un peu peur à la première écoute, peu habitué à entendre une bluette légère. Assumé de fait, le groupe a sorti un disque que plus personne n’attendait, et à l’heure de sa mise en vente a également posté tous les morceaux sur youtube. Donc oui, l’hypothèse d’un hit pour la maison de disques est à écarter.

D’autant plus qu’un joyau aussi tranchant que in another way s’étale par la suite, des prismes de guitares qui explosent comme autant de feux en son sein, et les violents cuts et changement sonores me font penser au retour aux sources de Portishead sur Third, les violents cuts de loop, autant de violences faites aux conventions musicales auxquelles nous nous sommes habitués.

Passons nothing is, un mur de guitares comme “à l’époque” mais transformé en quelque chose d’entêtant pour finir par wonder 2, final spectaculaire, auréolé d’une vague sonore typique due aux effets d’une pédale flanger, tous les potards à fond. Étrangement, j’ai pensé à Stereolab encore plus sous acide qu’ils ne le sont (!), avec du Mars Volta en embuscade (je me souviens d’un concert à la Boule Noire où juste les larsens des effets conjugués avait continué à faire le show bien longtemps après qu’ils aient arrêté de jouer). Ce morceau est juste indescriptible.

Ce disque, loin d’être un testament, va sans doute être mal reçu, mais il reste un objet fascinant, une machine à sentiments, hors du temps.

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Pochette Disque MBV

» Tracklisting

  1. she found now
  2. only tomorrow
  3. who sees you
  4. is this and yes
  5. if i am
  6. new you
  7. in another way
  8. nothing is
  9. wonder 2

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