Mickey Newbury

Heaven Help The Child

( Elektra ) - 1973

» Chronique

le 01.02.2013 à 06:00 · par Gaël P.

Grâce aux récents efforts de réédition de certains de ses albums par Drag City et à l'hommage que lui aura rendu Bill Callahan par sa reprise inspirée de Heaven Help The Child, Mickey Newbury est désormais un peu mieux connu des amateurs de folk. De manière un peu plus discrète, Will Oldham avait déjà montré son admiration pour ce songwriter américain en reprenant I Came To Hear The Music, composition de 1974, sur Ask Forgiveness. Pour autant, Newbury, décédé à un peu plus de soixante ans en 2002, sera passé quasiment sous silence dans les ouvrages évoquant la faste période musicale du tournant des années soixante-dix (aucune notice d'album consacrée au musicien, par exemple, dans le pourtant très exhaustif ouvrage Folk & Renouveau de Philippe Robert et Bruno Meillier). Ceci bien qu'une bonne partie de ses premiers disques soit parue sur le fameux label Elektra, sur lequel enregistraient au même moment de nombreuses pointures (Love ou encore The Doors), et malgré les nombreuses critiques américaines élogieuses à l'égard de ses disques au moment de leurs sorties. L'homme aura été en fin de compte très discret.

Heaven Help The Child, son cinquième album, fait partie des disques de cette période héroïque qui savent parfaitement lier l'écriture textuelle, les parties vocales (la voix majestueuse de Newbury et les choeurs) à des arrangements finement élaborés qui font la part belle à un large inventaire d'instruments (piano, mandoline, violon, harmonica, pedal steel, synthétiseur, etc). Un album que l'on peut ainsi associer aux sorties discographiques de Gene Clark (No Other, 1974) ou de John Martyn (Solid Air, 1973) qui possèdent cette même dimension orchestrale ouverte aux particularités de divers genres musicaux.

Par cette ambition, des compositions à tiroirs sont alors susceptibles de s'élaborer. Ainsi en est-il de Heaven Help The Child où le chant de Newbury donne lieu à d'incroyables mutations mais aussi à de soudaines émotions (à l'image du gémissement final, écho au fredonnement initial, qui vient à nouveau dramatiser le propos). Tout autant que ce premier morceau, l'autre tour de force de l'album est l'émouvant hommage au musicien noir et aveugle des années soixante, Cortelia Clark, qui illustre ce que Newbury peut faire de mieux du point de vue vocal dans cette façon d'exprimer ses états d'âme par les fluctuations et les ponctuations de son chant.

C'est bien souvent dans le soin apporté aux arrangements que l'art de Newbury apparaît dans toute sa dimension, que ce soit pour donner une profondeur aux compositions (ainsi la pedal steel fantomatique sur la fin de Song For Susan ou l'imposant surgissement du choeur féminin qui clôt San Francisco Mabel Joy) comme pour donner une touche particulière aux jonctions entre les morceaux (ainsi des sons naturels, ici la pluie qui tombe ou la vapeur d'une locomotive, qu'il affectionne particulièrement). Faisant montre d'une grande maîtrise, Mickey Newbury signait avec ce disque - sur lequel seul le morceau country Why You Been Gone So Long s'avère dispensable - une belle illustration de la somme de ses talents. Il serait préjudiciable, maintenant qu'une partie de sa discographie a été rééditée, de ne pas faire l'effort de le situer parmi ses pairs anglo-saxons.

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Pochette Disque Heaven Help The Child

» Tracklisting

  1. Heaven Help The Child
  2. Good Morning Dear
  3. Sunshine
  4. Sweet Memories
  5. Why You Been Gone So Long
  6. Cortelia Clark
  7. Song For Susan
  8. San Francisco Mabel Joy

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