Michniak

Pour qui sonne le tilt

( - ) - 2012

» Chronique

le 23.01.2013 à 06:00 · par Sébastien D.

Un voyage dans un « monde parallèle », A la frontière, voilà à quoi nous invite Michniak, dès l'entame de ce nouvel album solo, le deuxième après le déjà très beau Poing perdu, sorti en 2007. Cinq ans après, ce voyage se fait toujours à travers une musique singulière, de l'entre-deux, une musique de l'arête. Une musique chargée de conjuguer réel et fiction, mots et images, songe et oubli. Une conjonction qui naît bien souvent dans la tension.

Arnaud Michniak nous a habitué aux coups de poing. Mais ici, tout se fait moins tenace. L'accompagnement (guitare sèche, claviers) ralentit bien souvent l'ardeur des coups. Les sons analogiques tapissent l'album, lui donnent parfois cet air insouciant et imprègnent petit à petit notre cerveau, de plus en plus perméable. La guitare électrique est toujours présente, mais ici à l'arrière plan. Elle donne le ton, dresse la table et parfois, mais parfois seulement, salope l'ambiance, comme elle sait si bien le faire (Sans notice). On sent l'auteur respirer, prendre son temps, du recul, jouer avec sa voix, parfois provocante, parfois charmeuse, parfois interpellative (les « tu sais » impressionnants de Un caillou dans la poche et de Pour qui sonne le tilt). Cette voix qui donne aussi de l'élan, la force de faire le deuxième pas (comme encore sur Sans notice), et surtout d'enchaîner les suivants jusqu'à se rendre compte que l'on court. Michniak cherche à instiller ce doute, celui qui nous mène à l'étincelle.

« C'est comme quand tu allumes la lumière en entrant dans une pièce, alors que ça fait quoi, une semaine que l'ampoule est grillée, tu le sais, le meilleur truc que t'as à faire, c'est de changer c't'putain d'ampoule. Et plusieurs fois tu veux changer de vie, tu changes pas d'appart, on est bien d'accord, tu changes juste l'ampoule. C'est à chaque fois des extrêmes, comme ça. » (Un caillou dans la poche)

Et bien sûr ces mots, arrimés les uns aux autres pour faire sens, évocation, nous éclairent sur ce monde, celui tapi dans l'ombre. Ils nous font changer de focale, adopter de nouveaux points de vue, souvent déroutants, « de face ou de biais, d'en haut ou d'en bas, d'ici ou là-bas » pour que notre regard s'aiguise. Et quand ils nous laissent entrer chez Michniak (Mon bureau), on reste sur le pas de la porte, la peur au ventre, le regard perdu, mais absorbé par le désir absolu de traverser enfin la frontière.

Arnaud Michniak produit une musique abstraite, mais habitée. Elle est comme le reflet d'un immeuble sur une flaque d'eau ou plutôt le reflet d'une flaque d'eau sur une des fenêtres de l'immeuble. Toujours entre !

Retour haut de page

Pochette Disque Pour qui sonne le tilt

» Tracklisting

  1. A la frontière
  2. Le grand plan
  3. Ça tourne
  4. Un caillou dans la poche
  5. La lune nous voit
  6. Sans notice
  7. Mon bureau
  8. Entre
  9. Pour qui sonne le tilt
  10. Tandis que

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.