Zelienople

The World Is A House On Fire

( Type Records ) - 2012

» Chronique

le 07.01.2013 à 06:00 · par Gaël P.

Tout le bien que l'on pensait de Zelienople s'était résumé sur le morceau délivré pour la compilation élaborée par Thrill Jockey suite à l'événement tragique de Fukushima : Stone Faced About It était organisé de telle manière à ce que la délicatesse des textures sonores puisse correspondre avec la rugosité d'une guitare noise qui jamais ne s'affolait et gardait une extrême précision. Le soin du détail et surtout du rythme s'associait à une parfaite maîtrise du développement. C'était finalement prolonger, comme il se devait, les explorations sonores du magnifique His/Hers, premier album du groupe signé sur Type et dont le titre faisait référence au She du japonais Hisato Higuchi, avec lequel la bande à Matt Christensen a depuis réalisé un split et avec qui elle partage communément de fait un grand intérêt pour la ghostly music (où se situent aussi Grouper ou Scott Tuma).

Rien d'étonnant alors de découvrir que The World Is A House On Fire, troisième publication sur Type et neuvième album de Zelienople, fait état également d'un soin presque maniaque apporté à l'évolution des compositions qui, sans tomber dans des postures classiques de la musique ambient, savent parfaitement garder l'attention de l'auditeur par des touches sonores savamment élaborées (et dont la nouveauté est ici due à l'utilisation d'un saxophone par le bassiste Brian Harding). En effet, chaque ligne de guitare, chaque martèlement de batterie, à vrai dire toute l'instrumentation, mais aussi les parties vocales de Christensen, n'auront jamais été autant soupesés avant leur accomplissement. D'où une musique que l'on pourrait qualifier de slowcore statique d'obédience ambient qui ne se laisse pas apprivoiser au premier abord et au sein de laquelle l'émotion surgit le plus souvent de manière timide (au contraire, par exemple, de certaines compositions de l'album en solitaire de Matt Christensen, A Craddle In The Bowery, paru l'année dernière).

En comparaison avec les débuts, il y a moins de dix ans, marqué du sceau d'un ambient éthéré très minimaliste sur Sleeper Coach, Zelienople a sensiblement fortifié depuis le caractère de sa musique. Puisant des éléments aussi bien dans la pop, l'électronique que dans le minimalisme, les morceaux parviennent à un niveau d'élaboration des compositions jamais atteint au sein du groupe. Il n'y a qu'à juger sur pièce ne serait-ce que le jeu de batterie et de percussions de Mike Weis comme les parties de basse de Brian Harding pour se convaincre d'une interaction bien plus importante de l'instrumentation. Out Of It, qui conclut l'album, est la composition la plus illustrative de cet agencement extrêmement pensé des sons, notamment dans son dispositif de mise en résonance des divers instruments et dans la discrète utilisation du saxophone qui n'est pas sans rappeler celle que Gareth Davis a pu élaborer récemment avec Machinefabriek. Conséquence de cette ingéniosité, suite à l'écoute intégrale de l'album, une attention bien plus particulière à la matérialité des sons du quotidien, à leurs rencontres productives de sens, apparaît chez l'auditeur, signe du potentiel d'entendement qu'insuffle la musique de Zelienople.

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Pochette Disque The World Is A House On Fire

» Tracklisting

  1. The Southern
  2. The Real Devil
  3. Chemist
  4. Island Machine
  5. Colored
  6. Old Dirt
  7. Out Of It

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