The Evens

The Odds

( Dischord ) - 2012

» Chronique

le 11.12.2012 à 06:00 · par Mathieu M.

Le nom de The Evens n'est peut-être pas encore aussi connu que celui de Ian MacKaye. Pourtant ils ne font qu'un à présent, le premier étant devenu le principal projet musical de l'autre depuis l'arrêt des hostilités de l'incontournable Fugazi. Ian MacKaye est un infatigable activiste à la philosophie exemplaire et la musique est sa vie. Outre ses activités de fondateur et de grand manitou du label Dischord, on ressent dans The Evens, duo rock formé avec sa femme Amy Farina, tout le bouillon créatif qui ne quittera jamais le bonhomme.

La formule n'est pas révolutionnaire mais grâce à pareil pedigree, elle fonctionne admirablement. Ian joue de la guitare baryton, à mi-chemin entre la guitare et la basse. Bel instrument : le son est chaud et complet, les mélodies sont limpides mais la profondeur ne passe pas aux oubliettes. Amy envoie de belles parties de batterie, pêchues, minimalistes et inspirées, de celles qu'elle envoyait lors de son passage derrière les fûts avec le groupe Ted Leo and the Pharmacists. Les deux chantent : Ian de sa voix unique pleine d'intensité, capable de rage comme de douceur et Amy de sa voix plus grave mais prête à toutes les envolées qui rappelleraient une version moins caricaturale d'une certaine Beth Ditto. Ces deux voix souvent s'entremêlent et se complètent à merveille, visiblement comme dans la vie. Quelle classe.

Les morceaux sont courts et témoignent d'une belle urgence rock fidèle à l'univers des deux musiciens. Évidemment, Ian s'est assagi. On est loin de l'émo-rock tourbillonnant de Fugazi mais l'énergie qui se dégage de The Evens reste dans ce même esprit droit-au-but et sans compromis. La touche Mackaye reste palpable : des morceaux souvent déconstruits à souhait avec des parties qui s'enchaînent pourtant naturellement, sans accroc. Ou comment réussir à faire rentrer tout un fourgon d'idées dans un morceau de trois minutes. Et toujours cette rage positive si palpable, à l'image d'un Wanted Criminals tout en furie. Mais c'est aussi sur un registre plus calme et presque pop que le duo nous entraîne : ce titre I Do Myself est un vrai bijou. Quant à cette incursion instrumentale Wonder Why, elle prouve que même à deux, un jeu épuré n'a nul besoin de voix quand il est si foisonnant et autant inspiré comme ici. Côté mixage, la philosophie "do it yourself" reste évidemment la base : des instruments au son chaud et vivant, une production simple et honnête, peu d'effets et quelques discrètes touches additionnelles qui relèvent le tout. Après réflexion, loin d'être monotone, l'album est un brillant assemblage de discrètes ambiances aux personnalités uniques. Mais l'effet général est celui d'un disque complet et cohérent, réussi à bien des égards.

En 2012, The Odds est le troisième album du duo, en pleine lignée des deux précédents The Evens (2005) et Get Evens (2006), déja dirigés de main de maître. Entre-temps, une famille s'est créée et il a fallu remiser les instruments. Le retour au studio Inner Ear Studios à Washington durant l'été 2012 a relancé la formidable machine à composer. Après avoir joué sur tous les continents depuis 2004, on compte sur The Evens pour présenter leur inimitable marque de fabrique sur les scènes françaises. Et par la même occasion croiser enfin la route d'un Ian Mackaye plus souvent qu'à l'époque Fugazi...

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Pochette Disque The Odds

» Tracklisting

  1. King Of Kings
  2. Wanted Criminals
  3. I Do Myself
  4. Warble Factor
  5. Sooner Or Later
  6. Wonder Why
  7. Competing With The Till
  8. Broken Finger
  9. Architects Sleep
  10. Timothy Wright
  11. This Other Thing
  12. Let's Get Well

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