Cat Power

Sun

( Matador ) - 2012

» Chronique

le 08.10.2012 à 06:00 · par Eric F.

Il y a déjà bien longtemps qu'on s'était fait à l'idée de ne plus jamais retrouver la Chan Marshall aussi gracieuse que fragile de l'époque What Would The Community Think / Moon Pix. Autant dire que les récents The Greatest et Jukebox ne seront pas vraiment à mettre à son crédit. Après un album cachetonné par des requins de studio estampillés Motown et un disque de reprises livré avec un backing band aussi prestigieux que peu convaincant (mention spéciale à un Jim White méconnaissable), Chan Marshall allait bien finir par redresser la barre. Première étape : couper les ponts et repartir de nouveau seule. On se souvient que la méthode avait fort bien fonctionné pour The Covers Record. Sauf que depuis, Chan Marshall est sortie avec un acteur hollywoodien, a terminé cette relation (en pleine genèse de Sun) et a déménagé à Miami où elle a vraisemblablement pris goût à l'autotune des night-clubs branchouilles du centre ville.

Sun est en cela un disque très actuel qui plaira sûrement au plus grand nombre ("Disque de la maturité" blablabla), ravi de cette "révolution musicale". On ne pourra d'ailleurs pas leur enlever que ce disque est aux antipodes de tout ce que Cat Power avait pu faire jusqu'à présent. Mais comment taire toutes les aberrations et les choix douteux qu'on se fatiguera à dénombrer tout au long de cette (pénible) écoute ?

Ostensiblement tourné vers l'electro, Sun confirme le désintérêt de Chan Marshall pour la guitare. Ca n'était peut-être pas une mauvaise idée de la laisser au vestiaire à en juger par celle qui transforme Silent Machine en une espèce de boogie mal assumé dont le coefficient rock ferait passer Peaches pour Slayer. Celle cambriolée à The Xx sur l'introductif Cherokee, s'en sort un peu mieux, tant on s'amuse à y entendre une version un peu plus vivante du trio anglais. Plus de guitare donc, largement remplacée par le piano et toute une ribambelle d'effets sonores tous plus embarrassants que les autres. On pourra recenser dans ce palmarès l'autotune affligeant de 3,6,9, les percussions laborieuses d'Always On My Own ou encore la paresseuse boite à rythme de Sun. Sun n'en est pas pour autant le raté des machines, mais celui d'une Chan Marshall vraiment désolante sur un Peace And Love qui a tout d'une reprise déguisée du Kashmir revisité par Jimmy Page et Puff Daddy...

Il suffisait de voir le nom de ces nouveaux morceaux pour sentir qu'on finirait tôt ou tard par rencontrer une panne d'inspiration sur ce disque (Peace And Love, Human Being, Real Life, plus bateau tu meurs), mais on ne se doutait pas que le ratage irait aussi loin. Même l'enthousiasmant Nothing But Time arrive à se faire violer par les crooneries hyper suaves d'un Iggy Pop de plus en plus inquiétant et une fin qui n'en finit plus de ne pas venir.

Autant dire que la suite peut laisser craindre le pire...

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Pochette Disque Sun

» Tracklisting

  1. Cherokee
  2. Sun
  3. Ruin
  4. 3,6,9
  5. Always On My Own
  6. Real Life
  7. Human Being
  8. Manhattan
  9. Silent Machine
  10. Nothin But Time
  11. Peace And Love

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